299
ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
mêmes soldats descendront du sommet des Alpes, et fondront sur l'Italie avecla rapidité d’un torrent!... Nos victoires semblaient s’appeler et se répondresur nos vastes frontières; on eût dit qu’un génie, planant au-dessus de nosarmées, leur donnait en même temps le signal du combat et de la gloire.C’était la patrie !
«... Le luxe, la mollesse et les excès de toute espèce étaient bannis de nosarmées ; elles ne traînaient pas avec elles cet attirail oriental, cette immensequantité de bagages, de voitures, de chevaux, de domestiques et de super-fluités, qui jettent les chefs dans de si grands embarras, et changent quel-quefois de simples revers en désastres irréparables. Les généraux étaientpauvres (1), et partageaient les privations du soldat : ils s’occcupaient beau-coup de lui et très-peu d’eux-mêmes; ils ne songeaient qu’à prodiguer leurvie à la tête des troupes (2)... »
Organisation. — Lorsque Louis XVI monta sur le trône, l’armée prus-sienne . ainsi que nous l’avons dit, servait de modèle aux armées européennes.Après la paix de 1762, le ministre français , ne sachant à quoi attribuer nosdélaites, cherchait dans les plus minutieux détails de la discipline et de l'in-struction ce qui n’était que l’elîet du mauvais choix des généraux et de la di-rection fautive des grandes opérations.
On ne réfléchit, dit Jomini , ni aux dispositions qui font gagner les batailles,ni aux mouvements stratégiques, et l’on oublie toutes les combinaisons de ladirection et de l’emploi des masses pour s’amuser aux plus futiles acces-soires. On s’imagina que les armées de Frédéric avaient triomphé par la ma-nière de marcher le pas oblique, par la coupe dés habits et par mille absur-dités qu’on aurait peine à croire, si les plaisantes discussions de cette époquen’étaient encore présentes à la mémoire. Les officiers, ramenés à l’étude deleur métier par la lecture des ouvrages militaires, discutaient sur l'exercice,sur l'ordre mince et sur l'ordre profond. Guibert faisait école en faveur del'ordre mince et des feux; tandis que Menil-Durand ressuscitait le système de,Folard. On discutait sur les ploiements et déploiements en tiroirs, sur les tran-ches et les plésions, et sur un ordre semi-prussien et semi-français , dont onne se faisait pas d’idée exacte. On forma des camps pour juger des avantagesde ces différents systèmes, et l’on crut trouver le sublime de l’art dans lemécanisme de l’instruction des pelotons. « Le vieux Frédéric, dit Napoléon dans ses Mémoires, riait sous cape aux parades de Postdam en voyant l'engoue-ment de nos officiers pour l'ordre oblique. » Cet engouement était tel qu’il suffi-sait de porter un nom tudesque pour faire fortune en France . Un certain ca-pitaine Pirch, sorti des rangs de l’armée prussienne, passa pour un émulede Frédéric, sur la simple présentation d’un mémoire, dans lequel il donnaitdes idées pour aligner les bataillons sous les drapeaux. On se crut heureux qu’ilacceptât le commandement d’un régiment et l’instruisît suivant sa méthode.
(1) La paye était de 8 francs par mois potir les hauts grades et du pain de soldat.
(2) Victoires et conquêtes.