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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMEE

Cependant, les guerres d’Amérique ramenèrent les esprits à des idées d’ap-plication plus justes et firent pressentir que les grenadiers de Louis XVI éclipseraient un jour ceux de Louis XIV .

Tandis que des poignées de braves s’illustraient sur les rives de la Dela-ware et sur les rochers des Antilles , les disputes et les théories continuaienten France . L’état-major et le gouvernement se partageaient entre les diffé-rents systèmes. Mais pendant que les chefs s’égaraient et faisaient fausseroute, les troupes perfectionnaient leur instruction et leur discipline, etGui-bert esquissait un bon système cTe marches et d’ordres de bataille. Cet auteur,en s’élevant contre les abus, força de faire des recherches qui produisirentl’ordonnance de 1790. —Mais ce code important ne fut publié qu’au momentde la déclaration de guerre. Si l’armée n’en tira pas tout le fruit qu’on de-vait en attendre, il n’est pas moins vrai qu’il servit à instruire les régimentsde ligne et les bataillons de volontaires aux premiers principes de la marche,des feux et des mouvements les plus nécessaires pour les jours d'action, etcontribua à rendre ainsi cette masse de nouvelles levées propre aux opéra-tions de campagne.

Lorsque le mouvement révolutionnaire eut jeté sur nos frontières nos jeu-nes bataillons de volontaires, tous les ordres de bataille furent changés. Onne s’occupa plus des marches obliques, des rangs profonds; on marchait enavant la baïonnette au poing et l’on se précipitait tête baissée sur les re-tranchements ennemis, et le succès couronnait souvent l’audace énergiqueet désordonnée de nos jeunes soldats. Écoutez plutôt le général Foy racontantune bataille républicaine de i793.

« On entamait l’action par une nuée de tirailleurs à pied et à cheval, lancéssuivant une idée générale plutôt que dirigés dans les détails des mouve-ments; ils harcelaient l’ennemi, échappaient à ses masses par leur vélocité,et à l’effet dé son canon par leur éparpillement. On les relevait afin que lefeu ne languît pas, on les renforçait pour les rendre plus efficaces.

«Il est rare qu’une armée ait ses flancs appuyés d’une manière inexpugna-ble; d’ailleurs toutes les positions renferment en elles-mêmes, ou dans l’ar-rangement des troupes qui les défendent, quelques lacunes qui favorisentl’assaillant. Les tirailleurs s’y précipitaient par inspiration, et l’inspirationne manquait pas dans un pareil temps et avec de pareils soldats. Le défautde la cuirasse une fois saisi, c’était à qui y porterait son effort. L’artillerievolante accourait au galop et mitraillait à brûle-pourpoint. Le corps de ba-taille s’ébranlait dans le sens de l’impulsion indiquée, l’infanterie en colonne,car elle n’avait pas de feu à faire, la cavalerie intercalée par régiments ou enescadrons, afin d’ètre disponible partout et pour tout. Quand la pluie desballes ou des boulets de l'ennemi commençait à s’épaissir, un officier, unsoldat, quelquefois un représentant du peuple, entonnait l’hymne de la vic-toire. Le général mettait sur la pointe de son épée son chapeau, surmonté dupanache tricolore, pour être vu de loin et pour servir de ralliement aux bra-ves. Les soldats prenaient le pas de course, ceux des premiers rangs croi-