528
HISTOIRE DE L’ARMÉE
généraux français se replièrent à l’approche des coalisés et se rallièrent dansle camp de Maubeuge. Le prince de Cobourg fit aussitôt investir la ville et in-cendier les magasins de Maubeuge , afin d’y porter la disette ; et ayant laissé35,000 hommes autour de la place, il se plaça en observation près de Wati-gnies.
Jourdan, après avoir laissé 50,000 hommes dans les camps de Garavelle,Lille et Cassel, qui formaient sa gauche, se porta avec le reste de ses forces deGuise sur Maubeuge ; son armée présentait un effectif de 130,000 hommes,en y comprenant une partie de l’armée des Ardennes ; mais elle se composaiten partie de recrues pleines d’enthousiasme, comme toujours, et impatientesde combats, mais peu accoutumées aux fatigues et incapables de tenirferme en ligne (l).
Le futur vainqueur de Fleurus n’hésita pas à assumer sur sa tête la terribleresponsabilité d’une bataille engagée avec de tels éléments ; il se porta réso-lûment en avant : le 10 octobre son avant-garde était à la portée des avant-postes ennemis. — Le U, les deux avant-gardes secanonnèrentprès d’Arênes.Jourdan résolut de rendre l’action générale en attaquant le prince de Cobourg dans ses positions retranchées de Watignies et de Dourlers. — Le lendemain,en effet, au point du jour, l’attaque du camp ennemi commença sur quatrecolonnes, conduites par les généraux Fromentin,Ballaud, Duquesnoy et Beau-regard, qui devaient agir sur Saint-Wast, Dourlers et Watignies ; le pre-mier s’empara de Saint-Wast, mais il fut ensuite repoussé. L’attaque deDourlers ne fut pas plus heureuse, bien qu’elle fût dirigée avec la plus grandevigueur, et que l’infanterie y fit des prodiges d’audace et de valeur. Carnotet les commissaires conventionnels étaient à la tête des bataillons et lesharanguaient. Le combat fut sanglant et dura trois heures. La terriblebaïonnette y fut employée pendant deux heures. Deux fois les Français pénétrèrent dans les redoutes, deux fois ils furent repoussés. Le généralJourdan dut faire retirer ses troupes, remettant au lendemain le combat et lavictoire. Le général Duquesnoy seul avait réussi à la droite en se rapprochantde Watignies. Pendant la nuit, le général Jourdan modifia son plan d’attaque;la position était mieux connue, et il résolut de porter tous ses efforts surWatignies, qui était le point le plus faible. — Le lendemain IG, l’attaque re-commença, elle fut plus heureuse que la veille; la position de W r atignies futenlevée, et le prince de Cobourg , épouvanté de l’audace de nos soldats, se
(1) Le général Chancel, un des chefs de l’armée du Nord, qui, ainsi que tous les généraux )cherchait à ranimer les esprits facilement abattus de ces jeunes soldats, rapporte qu’en ha-ranguant un bataillon du camp de Maubeuge , un jeune soldat lui lit observer que ce n’étai tpas le danger qu’il craignait, qu’il ne demandait pas mieux que de se battre; mais qu'après degrandes fatigues il fallait du repos et de la nourriture... « Eh ! quel mérite et quelle gloire au-riez-vous donc, répondit le général Chancel, si vous alliez au champ de bataille en sortantd’un bon logement et d’une bonne table? Apprenez, jeune homme, ajouta-t-il après avoir dé-veloppé son idée, que ce n’est que par une longue suite de privations et de fatigues qu’il fautacheter thonneur de combattre et de mourir pour sa patrie. » Nous avons rapporté ce traitparce qu’il peint admirablement l’esprit de l’armée à cette époque.