334
HISTOIRE DE L’ARMÉE
nouvelles produisaient une douloureuse impression sur cette malheureusegarnison abandonnée à elle-même et ignorant l’état de la France .
Les habitants, réduits à la dernière extrémité, avaient demandé à sortir dela ville. Deux mille obtinrent cette autorisation, mais le roi de Prusse repoussainhumainement ces malheureux, qui restèrent ainsi entre deux feux et péri-rent en grande partie sous les murs de la place. On vit dans cette circonstanceplusieurs de nos soldats rapporter dans leurs manteaux de pauvres petits en-fants blessés ou devenus orphelins. Enfin, quand la garnison eut épuisétoutes ses ressources, quand elle eut subi jusqu’à la dernière extrémité lesrigueurs de la détresse, quand elle eut perdu toute espérance d’être secourue,les représentants du peuple et les généraux pensèrent qu’il valait mieux ca-pituler, et conserver ainsi à la république 20,000 hommes devenus les plusbraves du monde, que d’attendre encore et d’être obligé de rendre la garni-son prisonnière. La capitulation de Mayence eut lieu le 23 juillet. Le roi dePrusse se montra facile sur les conditions ; il permit à la garnison de sortiravec armes et bagages et n’imposa qu’une seule condition : c’est que les soldatsqui la composaient ne serviraient pas d’une année contre les armées de la coali-tion. Mais il y avait assez d’ennemis dans l’intérieur pour employer ces soldatsqu’on appelait les Mayençais, et qui se firent dans la Vendée une si formidableréputation, qu’on en parle encore avec terreur dans les traditions du pays.Nous avons dit que ces mêmes soldats n’avaient consenti qu’avec peine àsortir de la place ; aussi, quand ils défilèrent devant l’armée prussienne auxaccents de la Marseillaise, avec leurs figures hâves et pâles, empreintes d’unefierté menaçante, leurs vêtements déguenillés, leurs chapeaux déformés, surlequel brillait la large cocarde tricolore, un cri d’admiration s’éleva des rangsde l’armée ennemie. Respect à ces drapeaux hachés par les balles ennemies !Respect à ces convictions patriotiques, à cet ardent courage ! La sortie desMayençais fut presque une sortie triomphale. Le roi de Prusse lui-même futle premier à s’incliner devant ces signes sacrés de la patrie, devant ces hé-roïques soldats ; et s’adressant nominativement aux principaux chefs et offi-ciers il rappelait les actions par lesquelles chacun d’eux s’était distingué, etleur donnait avec courtoisie les éloges qu’ils méritaient.
Pendant le siège de Mayence , l’armée du Rhin, aux ordres de Beauharnais,et l’armée de Moselle, aux ordres de Houchard , étaient restées dans une funesteinaction, malgré les intructions impératives du comité de salut public. Ces deuxarmées occupaient la ligne des Vosges , et pouvaient aisément se réunir pouraccabler l’ennemi. En effet, les deux généraux Brunswick et Wurmser étaientdisséminés sur un cordon fort étendu à l’expiration de cette ligne. L’armée duRhin, par sa position sur la crête orientale de la chaîne des Vosges , celle de laMoselle , par sa position sur le revers occidental, disposaient ainsi des principauxpassages. Elles pouvaient se réunir sur l’un desdeux versants, battre séparémentBrunswick ou Wurmser, venir prendre l’armée du roi de Prusse par derrière,et sauver Mayence . Ni l’une ni l’autre de ces deux armée n’agit dans ce sens.Beauharnais ne sortit de ses lignes que le 1 er juillet et perdit vingt jours en