536 HISTOIRE DE I/ARMÉE
par d’autres d’une incapacité absolue. Ainsi, par exemple, on avait besoind’un caporal, on nommait le plus ancien soldat; c’était le plus souvent unblanchisseur de la compagnie ou du régiment; le lendemain il fallait un ser-gent, et ce même blanchisseur, qui était toujours le plus ancien de service,montait à ce grade. Jusque-là il n’y avait pas grand mal ; mais il est arrivéquelquefois qu’au bout de huit à dix jours ce sergent est devenu le chef d’unbataillon d’infanterie ou le chef de brigade d’un régiment de cavalerie, tant lerenvoi des officiers d’origine noble amenait de nombreuses mutations. Al’incapacité ou à l’ignorance de ces officiers nommés à la place des nobles, sejoignait encore un âge avancé qui les mettait dans l’impossibilité, non-seule-ment de commander, mais même de faire aucune espèce de service. Je pour-rais citer beaucoup d’exemples désastreux de l’application de ce faux prin-cipe... On l’abandonna bientôt pour se jeter dans un autre excès qui étaitmoins dangereux parce que le remède se trouvait à côté du mal. Sans con-sulter l’ancienneté de service ou de grade, les représentants nommèrent auxplaces d’officiers supérieurs dans les bataillons, les régiments et les états-majors, toutes les personnes qui leur parurent les plus propres à remplir cesfonctions; ils se trompèrent souvent, car les officiers les plus distinguésétaient presque toujours ceux qui redoutaient le plus leur choix et l’avance-ment; mais enfin, comme lorsque les représentants s’étaient trompés, ilsavaient aussi une responsabilité qui n’était point illusoire vis-à-vis du comitéde salut public et des meneurs de la Convention, ils revenaient bien vite surleurs pas par une destitution ou par tout autre moyen; car quelquefois, aprèsavoir nommé d’abord un officier général de division, ils le replaçaient ensuite,sans hésiter, chef de brigade oq^hef de bataillon. Ainsi le remède était bienprès du mal; le nouveau mode fut donc préférable à l’ancien, qui avait désor-ganisé les armées françaises, tandis que l’on peut dire que c’est cette libertédans le choix qui a fait parvenir au commandement les meilleurs généraux dela république. »
Les deux nouveaux généraux en chef Hoche et Pichegru furent accueillisavec enthousiasme aux armées du Rhin et de Moselle . Hoche avait vingt-cinq ans. Il n’était connu que parla retraite de Belgique et par la belle défensede Dunkerque ; mais ses talents avaient été appréciés par Carnot, et, s’il fauten croire les récits de l’époque, la grandeur de son caractère éclatait dans sestraits. Un officier de l'armée de Moselle , rendant compte de l’effet qu’avaitproduit son arrivée au quartier général, s’écriait: « Courage , confiance, défen-seurs de lapatrie, nous allons sortir de notre engourdissement. Notre nouveau géné-ral ni a paru jeune comme la révolution, robuste comme le peuple ; son regard estfier et étendu comme celui de l'aigle, il nous conduira comme des Français doiventl'être. »
A l’armée du Rhin, l’opinion qu’on avait sur le jeune général était loin delui être aussi favorable. Gouvion Saint-Cyr , un des officiers de cette armée,compare ainsi ces deux généraux : « Hoche, dit-il, n’était pas, comme Pichegru ,tout à fait sans expérience des grandes manoeuvres de la guerre; mais il lui