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HISTOIRE DE L’ARMÉE
rade. En effet, cette batterie, élevée au milieu d’une langue de terre appeléel'Èguillette, formait le centre d’une ligne de retranchements et d'abattis quicouvrait un camp d’environ cinq mille hommes, la plupart Espagnols. LesAnglais l’avaient baptisée le Petit-Gibraltar. Elle consistait en un vasteouvrage d'un profil fort élevé, et dont l’escarpe était revêtue en pierressèches, environnée d’un large fossé. Elle avait été élevée sur les dessins d’unarchitecte français , et on la croyait imprenable.
Dugommier cependant avait résolu de l’enlever. Il prit les dispositions sui-vantes : une colonne devait sur la droite insulter cette redoute de front, tan-dis qu'à sa gauche une autre colonne, filant le long de la mer, aurait escaladéla sommité retranchée qui commandait le fort l'Èguillette , afin de couper lescommunications du camp avec la redoute. Cette attaque devait être secondéepar une diversion à l’est sur le fort Faron (1). Les troupes désignées pourcette attaque se mirent en marche pendant la nuit du 16 au 17 décembre,sous les ordres des généraux Labarre et Victor. Le temps était horrible; lapluie tombait par torrents; mais les soldats, animés d’une ardeur inébranla-ble et encouragés par la présence des représentants du peuple, Salicetli, Ro-bespierre, Ricard et Fréron , avancèrent résolument. Les deux généraux, parexcès de zèle sans doute et interprétant mal les ordres donnés, au lieu dese porter vers les deux points indiqués, arrivèrent ensemble au front de laredoute, qu’ils entreprirent d’escalader sous un feu terrible. Le succès cou-ronna cette imprudente et audacieuse entreprise. Les soldats escaladèrent lesfossés et les redoutes, montés sur les épaules les uns des autres, s’introduisi-rent dans les embrasures, se poignardèrent corps à corps pendant plus d’unedemi-heure avec les canonniers anglais et les soldats de marine espagnols,et enfin demeurèrent maîtres delà position. Le carnage avait été horrible depart et d’autre. Le reste des troupes ennemies (deux mille hommes environsur cinq mille, qui la veille occupaient le camp retranché), fut ramené pré-cipitamment à Toulon pendant la nuit : en sorte que les républicains setrouvèrent maîtres le lendemain des forts de l'Èguillette et de Balagnier.
L'attaque du fort Faron ne fut pas moins heureuse. Le général Lapoypes’en empara après deux attaques des plus'vives. Ces succès surprenantsavaient coûté cher à l’armée française, et plus encore aux étrangers. Malgréles avantages qu’il avait obtenus, le général Dugommier n’était point encoreassez près de la place pour en faire le bombardement avec succès. Quinzemille hommes de bonnes troupes pouvaient tenir longtemps dans une placeoù ils avaient la facilité d’étre renforcés et ravitaillés par la mer; mais le dé-couragement s’était mis parmi eux : ils tenaient peu à s’illustrer par une dé-fense qui pouvait être longue, mais qui était inutile. Ils résolurent d’évacuerla ville après avoir mis à exécution l’horrible projet d’incendier la flotte fran-çaise et de détruire tous les établissements maritimes, objets de leur éter-nelle et implacable envie. Le lendemain 18, ils abandonnèrent successive-