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Tome second.
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344 HISTOIRE DE L’ARMÉE

incendie, ressemblaient à l’éruption d’un volcan, et les treize vaisseaux qui brû-laient dans la rade, à treize vastes feux d’artifice. Le feu dessinait les mâts etla forme des vaisseaux; il dura plusieurs heures, en présentant un spectacleunique. Les Français avaient l'âme déchirée en voyant se consumer en si peude temps d’aussi grandes ressources et tant de richesses. On craignit un in-stant que les Anglais ne fissent sauter le fort Lamalgue; il paraît qu’ils n’eneurent pas le temps. »

Trente et un vaisseaux de ligne, vingt-cinq frégates se trouvaient dans larade de Toulon au moment où les Anglais y entrèrent. Seize vaisseaux et cinqfrégates deviennent la proie des flammes; trois vaisseaux et six frégateséchurent en partage aux Anglais, trois frégates aux Sardes, aux Espagnols ,aux Napolitains; cinq vaisseaux furent envoyés en mission dans les portsfrançais de l’Océan; sept vaisseaux et onze frégates restèrent intacts dans ladarse.

Les Anglais , après l’exécution de cette horrible action, ne craignirent pas des’en glorifier publiquement aux yeux de l'Europe . Le rapport de Sidney-Smithrestera comme un monument de la haine implacable que la nation anglaise atoujours portée à la France .

« Nous pouvons vous assurer, dit l’odieux exécuteur des œuvres de l’An-gleterre à Toulon , que le feu a été mis à dix vaisseaux de ligne au moins; laperte du grand magasin, d’une grande quantité de poix, de goudron, de ré-sine, de chanvre, de bois, de cordages, de poudre à canon, rendra difficile l’é-quipement du peu de vaisseaux qui restent. Je suis fâché d'avoir été obligé d'enépargner quelques-uns, mais jf espère que votre seigneurie sera contente de ce quenous avons fait. »

Cependant nos soldats s’étaient emparés successivement des forts évacuéspar les Anglais ; ils firent feu du haut de ces positions sur les vaisseaux enne-mis. Plusieurs de ces vaisseaux éprouvèrent de fortes avaries ; plusieurs em-barcations chargées de troupes furent coulées bas, jusqu’à ce que la flotte an-glaise sortant de la rade, et poussée par un vent violent, eût disparu dans ladirection des îles d’IIyères. Enfin, le 29 décembre, les troupes républicainesrentrèrent à Toulon, et la France apprit avec joie cette nouvelle et grandevictoire de nos armées. La Convention décréta que cette armée avait bienmérité de la patrie. Mais en même temps elle fit peser sur cette malheureuseville de Toulon toute la rigueur de ses terribles vengeances. La plume se re-fuse à retracer les scènes affreuses qui marquèrent l’entrée des républicainsdans Toulon . Il suffit de citer le passage du rapport de Barrère, pour fairecomprendre combien dut être frappée cruellement cette opulente cité.

« Il faut que les noms des villes rebelles disparaissent avec les traîtrescomme une vile poussière. Le nom de Toulon sera donc supprimé. — Il fautque la conquête des montagnards sur ceux qui avaient vendu Toulon soit im-primée sur le lieu où fut Toulon . Il faut que la foudre nationale écrase toutesles maisons des marchands toulonnais . Il ne doit plus y avoir qu’un port etdes établissements nationaux et nombreux pour le service des armées, des