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HISTOIRE DE L’ARMÉE.
paulette de laine de grenadier, exerça des commandements supérieurs, et futle véritable représentant de cette génération républicaine, si forte, si héroï-que, si désintéressée, si patriotique. Là, servait Moncey, cette autre gloirede la France , qui, jeune officier, s’initiait aux secrets de l’art des combats,et se faisait déjà remarquer par son courage et son noble caractère. Là, setrouvait le général Castelvert, officier aussi modeste qu’instruit, aussi désin-téressé que brave. Là, s’était formée cette phalange infernale que dirigeait La-tour-d’Auvergne, et qui, terrible devant l’ennemi, donnait partout l’exemplede la discipline et de l’ordre. Tous, enfin, à l’armée des Pyrénées occidentales,officiers et soldats, rivalisaient de zèle, de bravoure et de dévouement. L’en-thousiasme militaire y était tel, qu’il faudrait un recueil tout entier pour rap-porter les traits individuels qui se renouvelaient à chaque combat.
C’est le brave colonel Lespinasse qui, attaquant à la baïonnette les retran-chements espagnols, voit tomber auprès de lui un jeune cavalier emportépar un boulet. Le commandant du détachement de cavalerie, placé près deLespinasse, fait un mouvement pour changer de position. Lespinasse lui crie :N'y suis-je pas, moi, et ces bi'aves comme vous? Chacun garde son poste, etle feu de l’artillerie devient plus terrible. C'est le sergent-major Dougados, dudeuxième bataillon du Tarn , qui, au milieu d’une action, tombe le corps tra-versé par une balle. Ses camarades veulent l’emporter : Allez à votre poste,leur dit-il ; vous vous devez à la patrie avant de penser à moi!
C’est Bigot, adjudant-major du 4 e bataillon des Landes , qui, chargé, d’en-lever un poste à la tête d’un détachement, reçoit une balle qui lui perce lacuisse; il continue d’avancer jusqu’à ce que le détachement se soit emparé duposte; alors seulement il songe à sa blessure. Le commandant veut lui donnerdeux soldats pour le soutenir ; il refuse en disant : Gardez-les pour la bataille,je me retirerai comme je pourrai.
C’est Dufour, caporal au I er bataillon de la 5 e demi-brigade d’infanterie lé-gère, qui, fait prisonnier et conduit par quatre Espagnols, saisit la baïon-nette de l’un d’eux, en tue .trois, prend le quatrième au collet et l’emmèneprisonnier au camp.
Un dernier trait achèvera de peindre les sentiments dont étaient animés lessoldats de cette armée. A l’attaque du camp des sans-culottes, tous les prison-niers détenus pour délits militaires au quartier général, en entendant les pre-miers coups de canon, supplièrent le général de leur accorder la permissiond'aller combattre. Leurs instances sont si vives, qu’ils obtiennent cette permis-sion. L’un d’eux était officier ; il se présente à leur tête, il répond de tous, ettous jurent de vaincre ou de mourir. Arrivés sur le champ de bataille, ils fonten effet des prodiges de valeur et contribuent au succès de la journée; puis,le combat fini, ils reviennent au quartier général, déposent leurs armes etrentrent dans leur prison. Ce trait de dévouement et de discipline militaireparut si sublime à la Convention, qu’elle rendit, par acclamation, un décretportant que leurs fautes leur seraient pardonnées et qu’ils seraient sur-le-champ remis en liberté.