Band 
Tome second.
Seite
354
JPEG-Download
 

354

HISTOIRE DE L’ARMÉE

consécration historique. Les ennemis attachaient une grande importance à s’enemparer, car, d’après le plan tracé par le général Mack, cette ville prise, laîrontière de la Picardie était ouverte. On pouvait alors se faire une pointe surParis, pendant qu’un corps détaché, débarquant sur les côtes de la Vendée , opé-rerait de ce côté une utile diversion. L’exécution rapide de ce plan eût mis legouvernement révolutionnaire dans la position la plus critique; mais il fallait unensemble d’opérations qui ne pouvait avoir lieu chez les alliés au milieu des sen-timents divers qui les animaient. Quoi qu’il en soit, Landrecies fut investie, etle siège fut poursuivi vivement. 150 pièces de canon croisèrent leur feu sur cetteplace en partie démantelée, mais où commandait un homme de cœur, le généralRouland, avec 7,000 hommes. Le général Pichegru , qui avait reçu l’ordre dedébloquer Landrecies, comme l’avaient été dans la campagne précédente Dun-kerque, Maubeuge et Landau, ordonna une attaque générale sur le centre de laligne ennemie; elle échoua. 4,000 soldats républicains y furent tués ou faits pri-sonniers. Les Français furent contraints de rentrer dans leur cantonnement. Lan-drecies capitula le 30 avril, après un bombardement de plus de six semaines.C’est alors que Pichegru conçut le hardi projet de tenter une diversion sur laFlandre maritime. Il serait difficile de dire si c’est à ce général qu’il faut attri-buer l’idée de l’invasion de la Flandre , ou si c’est au comité de salut public ;on ne peut pas même affirmer l’époque à laquelle elle fut résolue. On a assuréque Pichegru , après les premières tentatives infructueuses de son centre,l’avait ordonnée lui-même comme le seul moyen de réussir. Il me paraîtqu’on ne doit pas trop se disputer cette combinaison. Il s’agissait de faire, avec50,000 hommes, une diversion de Lille sur Courtray , pour attirer l’attentiondes alliés sur ce point et dégager Landrecies . C’était, dans tous les cas, ha-sarder beaucoup pour un résultat très-mince, car cette colonne devait filerentre la mer et une armée qui, pouvant rassembler 120,000 combattants, au-rait pu lui faire payer cher une entreprise conçue contre tous les principesde la ligne d’opérations. On a fait beaucoup trop de bruit de cette diversion,qui réussit par les fautes inouïes de ceux qui avaient tous les moyens de ladéjouer (1).

Pichegru , afin de faciliter l’exécution de son plan, le fit précéder d’uneattaque sur toute la ligne, depuis Philippeville jusqu’à la mer. L’armée desArdennes, dont il venait de recevoir la direction suprême, dut concourir àces opérations et effectuer sa jonction avec l’armée du nord en se portantde Philippeville sur Beaumont. Ce mouvement offensif donna lieu à plu-sieurs combats dont les chances furent différentes. L’armée des Ardennesenleva victorieusement les hauteurs de Bossut; mais le centre de l’arméeéprouva à Troisville, près de Landrecies , un sanglant échec où il perdit4,000 hommes et trente-cinq pièces de canon. C’est à la suite de ce combatque le général Pichegru fit mettre à l’ordre de l’armée que les corps qui per-draient leurs canons n'en obtiendraient plus, à moins qu’ils ne les reprissent sur

(1) Jomini , Histoire de la révolution.