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HISTOIRE DE L’ARMÉE
l’absence du général en chef alors occupé à son aile droite vers la Sambre,s’apprêtèrent à recevoir le choc de l’armée ennemie et prirent une résolutionqui fait honneur à leur sagacité. Souham s’établit en arrière de Turcoing, sadroite sur cette ville et sa gauche sur Waterloo, avec 45,000 hommes environ,et Moreau, avec 8,000 hommes, prit position sur la route de Lille à Menin , afinde conserver la communication de cette ville. En même temps, ils firent pré-venir le général Bonneau à Lille qu’il eût à opérer une diversion sur les der-rières de l’ennemi. Les alliés, qui devaient arriver au poste indiqué le 17, n’yarrivèrent que le 18. L’attaque commença aussitôt sur plusieurs points. Les en-nemis furent repoussés vigoureusement au centre et à la gauche; les Anglais du duc d’York surtout furent complètement défaits dans les villages de Nouveauxet de Roubaix , et leur chef échappa par miracle aux hussards républicains quile poursuivaient. A la droite, le général autrichien Clairfayt enleva la posi-tion de Linselles où se trouvait le général Moreau avec 8,000 hommes seule-ment; mais l’utile diversion faite parle général Bonneau avec 16,000 hommeset les succès obtenus sur les autres points l’obligèrent à se retirer en toutehâte vers sa position de Tliielt. La victoire était complète dans l’armée fran-çaise; les ennemis avaient perdu 9,000 hommes et 60 pièces de canon. La pré-sence d’esprit, la sage audace des deux généraux français , la valeur des troupes,avaient triomphé d’une armée de moitié supérieure en nombre et fait évanouirles projets si ambitieux des alliés. L’effet moral que produisit cette victoire surl’esprit de l’armée fut plus grand encore que le résultat matériel de la journée.On avait attribué jusqu’ici nos victoires à l’impétuosité désordonnée et aunombre de nos bataillons de volontaires. A Turcoing, l’armée française avaitrivalisé de science militaire et d’habileté avec les meilleures troupes de l’Eu-rope , et les avait vaincues dans une proportion numérique inférieure d’untiers au moins. Les généraux formés dans son sein égalaient et surpassaientmême les élèves des Daun , des Lascy, des Laudon. Quatré d’entre eux, Mo-reau, Souham , Bonneau, Macdonald, avaient révélé dans cette affaire destalents supérieurs, et prouvé que la présence d’un général en chef n’est pasindispensable, chez les Français , pour prendre dans un moment critique lesmesures les plus sages.
Pichegru arriva à Turcoing le lendemain de la victoire; mais il ne sut pasen profiter. Il passa trois jours dans une inaction inexplicable; puis il ordonnaune tentative sur Tournay qui, mal dirigée, mal comprise, n’amena que lesanglant combat de Pont-à-Chin, où les Français perdirent 4,000 hommes.Mais en revanche, il s’empara de la ville d’Ypres , et se trouva ainsi maître dela West-Flandre.
Armée de Sambre-et-Meuse (1794). — Les opérations de l’armée du Nord etde l’armée de Sambre-et-Meuse dans la Belgique sont tellement liées par lasérie d’événements qui survinrent et par le concours qu’elles se prêtèrentmutuellement, qu’il est nécessaire, avant de suivre l’armée du Nord dans sonexpédition de Hollande, de retracer les opérations qui eurent lieu sur laSambre.