Band 
Tome second.
Seite
357
JPEG-Download
 

357

ET DE TOUS DES RÉGIMENTS.

Nous avons vu que Pichegru avait appelé l’armée des Ardennes à concourirà l’exécution de son plan de campagne, et que le général en chef Charbonnier,qui la commandait, avait fait à Beaumont, sur la droite, une diversion sem-blable à celle que Moreau et Souham avaient faite si glorieusement sur lagauche à Turcoing . Cette armée des Ardennes, qui allait se fondre dans cellede Sambre-et-Meuse, et perdre ainsi son nom, remontait aux premiers joursde la révolution. Elle avait accompli de grandes et belles actions et conservéun peu de sa physionomie primitive. Composée en grande partie des débris desvieux régiments de la monarchie, tels que Normandie , Languedoc, Flandre,Picardie, elle avait, dès l’origine, et malgré la présence et l’insubordinationdes bataillons de sans-culottes, conservé un reste de discipline et de gravité quila distinguait des autres armées. Les vieux soldats, dont quelques-uns avaientfait la guerre de Silésie et d’autres celle d’Amérique , habitués aux rudes exer-cices des camps, aux privations, aux dangers de tous genres, avaient donnél’exemple de la constance et de la résignation aux jeunes recrues qui venaientincessamment grossir leurs rangs et compléter les demi-brigades nouvellementorganisées.

Le gouvernement républicain, qui ne subvenait que par les expédients lesplus extrêmes à l’entretien de ses nombreuses armées, avait laissé celle desArdennes dans le dénûment le plus complet. Au commencement de la cam-pagne de 1794, les soldats étaient littéralement sans souliers ni vêtements. Lesvieux habits rapiécés des anciens régiments, bleus ou blancs, aux pans retroussés,aux revers écarlates ou violets, faisaient un étrange contraste avec les costumestout neufs des volontaires. Le vieux tricorne des gardes-françaises tout déforméfaisait saillie sur le front des bataillons au milieu des casques ronds des chas-seurs francs des Ardennes ou du Nord et des longs bonnets à poil des grenadiers.

Tel fut le noyau de l’armée qui prit le nom solennel d’armée de Sambre-et-Meuse, et qui, sous l’épée de Jourdan et de Moreau, devint une des plusbelles, des plus braves, des plus disciplinées de toutes les armées de la répu-blique. C’est du sein de cette armée que sortirent les grandes renommées deKléber, de Regnier, de Bernadotte , de Chàmpionnet, de Marceau, de Le-febvre, etc.

L’armée des Ardennes était alors commandée par Charbonnier, généralbrave comme un grenadier, mais fort incapable. Déclamateur violent et déma-gogique, il avait été élevé au commandement en chef par Saint-Just, l’ardentet fanatique tribun du peuple, qui était alors en mission à l’armée des Ardennes.Ce jeune homme, de vingt-six ans à peine, réglait les destinées de cette arméeet en était le véritable général en chef. Charbonnier n’était que son agent docileet aveugle. Saint-Just, en arrivant à l’armée des Ardennes, y avait institué desconseils de guerre pour juger et fusiller à l’instant les officiers et les soldatscoupables du moindre délit ou malheureux dans l’exécution d’un ordre donné.

Après la bataille de Turcoing , l’armée des Ardennes, sur la Sambre, pré-sentait un effectif de 50,000 hommes; elle pouvait, par un mouvement offensif,repousser les alliés alors dispersés. Mais Saint-Just avait résolu de prendre