360 HISTOIRE DE L’ARMÉE
n’en eussent obtenu si on les eût laissé agir. Mais le comité de salut public, quijusque-là s’était montré si audacieux dans ses entreprises, si exigeant après lavictoire, adopta, après Fleurus, un système opposé. Au lieu de marcher enavant, les armées réunies reçurent l’ordre de cesser toute poursuite jusqu’à lareprise des quatre places conquises par les alliés. Elles durent s’établir ainsiqu’il suit : leur gauche s’appuya sur Anvers, leur centre à Diest , et leur droiteà Liège. Les Autrichiens gardaient la Meuse et campaient à Ruremonde , Maes-tricht et la Chartreuse de Liège. Les Anglo-Bataves campèrent derrière Bredeet Osterwick.
Les quatre places Landrecies, le Quesnoy, Valenciennes et Condé furent re-prises en moins d’un mois, et les deux armées du Nord et de Sambre-et-Meusepurent recommencer leurs mouvements offensifs. L’armée de Sambre-et-Meusese porta vers Maestricht , dont elle s’empara, après avoir remporté la victoired’Aldenhowen, un des plus beaux fleurons du blason militaire de Jourdan.L’armée du Nord accomplit une des plus merveilleuses expéditions de notrelégende militaire, la conquête de la Hollande. La bataille d’Aldenhowen futle complément de la bataille de Fleurus ; elle décida définitivement du sortde la Belgique par l’expulsion des Autrichiens, qui furent rejetés au-delà duRhin . L’armée de Sambre-et-Meuse avait accompli sa tâche glorieuse et ter-miné ses opérations au nord.
Suivons maintenant l’armée de Picliegru dans ses manœuvres entre laMeuse et le Wahal et sur les bords glacés du Zuyderzée. L’armée du Nord semit en mouvement le 23 septembre (Moreau avait remplacé Picliegru alorsmalade). La prise de Bois-le-Duc lui facilita le passage delà Meuse , qui sert delimite aux deux pays. Ce passage s’effectua, les i8 et 19 octobre, près de Teffe-len, au-dessous de Grave, en présence du duc d’York , qui n’osa point s’oppo-ser à cette opération. Le passage du Wahal fut forcé après un rude combat.Venloo, envahie le 25 octobre, capitula le lendemain; Nimègue , défendue parl’armée du duc d’York , capitula également après quelques jours de siège (8 no-vembre). L’armée du Nord, en avançant dans le cœur de la Hollande, cettemerveilleuse et riche province, éprouvait toutes les rigueurs de la misère.La conquête de la Belgique ne lui avait pas profité. Les vêtements des troupes,usés par sept mois de la plus rude campagne, étaient littéralement en lambeaux;elle manquait des choses les plus indispensables pour l’équipement. Le froidrigoureux d’un hiver précoce, le débordement des fleuves gonflés par les pluiesabondantes, tout cela ajoutait aux misères des soldats. Mais telle était l’ardeurde nos soldats républicains, telle était leur constance, que rien ne put les ar-rêter. Ici commence une expédition qui tient du merveilleux. Une armée s’a-venturant sur la glace dans les grandes mares de la Hollande, la cavaleriechargeant sur la glace et s’emparant d’une flotte entière au son des joyeusesfanfares, tout cela ne ressemble-t-il pas à une épopée antique? Le 23 décembre,le thermomètre étant descendu à 17° au-dessous de zéro, Picliegru fit recon-naître par ses ingénieurs si les eaux de la Meuse et du Wahal étaient assez solide-ment gelées pour pouvoir en tenter le passage sur la glace, et, sur leur réponse