362 HISTOIRE DE L’ARMÉE
Quatre provinces sur sept qui composaient la république hollandaise nes’étaient pas encore soumises; c’étaient les provinces de Frise, de Groningue ,d’Overyssel et de la Zélande . Elles furent successivement conquises, et la na-tion hollandaise fit avec la république un traité d’alliance offensive et défen-sive qui fut signé le 16 mars. Telle fut la campagne de Hollande.
Écoutons d’ailleurs à ce sujet le jugement de Jomini , ce juge éclairé, maistoujours plus sévère pour les Français que pour les étrangers, et dont par con-séquent le suffrage est si honorable pour nos soldats : « Cette campagne, dit-il,fera époque dans l’bistoire des nations comme dans celle de l’art militaire. Ellese distingua des précédentes par les énormes masses qui commencèrent à êtremises en action, et par la manière dont elles furent employées. Ces masses, nèpouvant plus traîner les immenses attirails de campement, bivouaquent par-tout où elles s’arrêtent : dépourvues de magasins, elles dévorent les pays oùelles passent; on ne peut plus les solder qu’en assignats, et, malgré l’extrêmedépréciation de ce papier (1), le tarif de la solde reste le même; en sorte queles militaires, dénués de tout, se voient plongés dans la plus profonde misère.Un patriotisme pur soutient les soldats républicains; car jamais ils ne couru-rent à la victoire plus gaiement et sans commettre moins d’excès. Des volumesentiers ne suffiraient point pour consacrer tous les actes d’héroïsme et de dé-sintéressement qui les immortalisèrent. L’histoire en recueillera les princi-paux traits; elle racontera, par exemple, avec quelle résignation de paisiblescitoyens arrachés de leurs foyers, transformés en soldats par une loi, aprèsavoir bivouaqué un mois entier, dans le terrible hiver de 1794, sans bas, sanssouliers, privés même des vêtements les plus indispensables et forcés de cou-vrir leur nudité avec quelques tresses de paille, franchirent les fleuves glacés,et pénétrèrent enfin dans Amsterdam sans commettre le moindre désordre.Cette cité fameuse par ses richesses, et qui devait s’attendre à moins de ména-gements, vit avec une juste admiration dix bataillons de ces braves à deminus entrer triomphants dans ses murs au son d’une musique guerrière, placerleurs armes en faisceaux et bivouaquer pendant plusieurs heures sur la placepublique, au milieu de la neige et de la glace, en attendant avec résignation,sans laisser échapper un murmure, qu’on pourvût à leurs besoins et à leurcasernement. Tels furent les premiers soldats de la république; tous les partisleur doivent cette justice, et, si l’indiscipline s’introduisit dans plusieurs corps,l’esprit de faction en fut la cause; elle n’alla jamais, d’ailleurs, jusqu’à leurfaire oublier ce qu’ils devaient aux lois de l’humanité, et, il faut en convenir,ce fut bien longtemps après, quand l’abondance succéda à la pénurie, que deschefs insouciants donnèrent l’exemple du désordre. »
Armées de la Moselle et du Rhin (1794). — Nous avons Vil dans la campagneprécédente les deux armées de la Moselle et du Rhin , commandées par Hocheet Pichegru , s’emparer des lignes de Weissembourg, chasser l’ennemi au delà
(1) Il fat un moment où la solde d’un officier ne montait pas à plus de 3 francs par mois. Onfût obligé, pour les tirer du plus affreux dénûment, de leur accorder, en 1795, le tiers de leursappointements en numéraire, et un capitaine toucha alors 70 francs par mois.