304 HISTOIRE I)E L’ARMÉE
de l’armée de la Moselle se réunit à Coldentz avec la droite de l’armée de Sam-brc-et-Meuse. Cette ville, investie aussitôt, fut emportée par Marceau, lé23octobre.
Ainsi, pour résumer les opérations des armées de la Moselle et du Rhin ,Mayence et Luxembourg se trouvaient investis vers la fin d’octobre 1794, etces deux armées, réunies à celle de Sambre-et-Meuse, bordaient le Rhin allemand dans toute sa longueur et présentaient une ligne formidable à lacoalition.
Armées des Alpes et d’Italie (1794). — Le théâtre de la guerre où nous arri-vons n’a été marqué jusqu’ici que par une série de combats isolés, d’atta-ques partielles, entre deux armées disséminées sur une vaste ligne. Ce théâtreva s’agrandir, la guerre va changer de caractère; des combinaisons stratégi-ques nouvelles et plus profondes vont appeler l'attention sur cette partie denos frontières; de jeunes officiers, inconnus jusqu’alors, vont y révéler leurgénie par des actions d’éclat et par de savantes manœuvres de guerre.
Au commencement de 1794, l'armée des Alpes, commandée par le généralDumas, s’étendait, sur les Alpes cottiennes, des frontières du Valais jusqu’aumont Dauphin et aux sources de la Stura. L’armée d'Italie , commandée parDumerbion, longeait les Alpes maritimes, sa gauche à Entrevaux, sa droitevers Menton , sur la Méditerranée. Les deux armées présentaient un effectif de75,000 hommes.
Le général Dumas était un homme de couleur, à la stature colossale, aucourage impétueux et indomptable. Officier de nouvelle création, il s’ôtait, enmoins de deux ans, élevé du grade de brigadier de dragons à celui de général(le division par des traits de force et d'audace inouïes. On venait de lui donnerle commandement en chef de l’armée des Alpes où il fallait un homme d’énergieet d’action, capable non-seulement d'oser beaucoup contre les ennemis, maiscapable aussi de maintenir la discipline dans cette armée, la plus indisciplinéede toutes celles de la république. Recrutée en partie de volontaires méridionaux,chauds patriotes; formée d’un pêle-mêle de demi-brigades sans organisation etde bataillons de chasseurs à pied, braconniers des Alpes ou contrebandiers,elle offrait un triste mélange de l’esprit de pillage et de désordre. Tous les gé-néraux qui s’étaient succédé avaient échoué à réprimer les excès et les désor-dres de tout genre dont se rendaient coupables les soldats de l’armée des Alpes,et qu’entretenait encore cette guerre de partisans. Au reste, braves au feu, pa-tients dans la misère, on pouvait tout entreprendre avec eux en face de l’en-nemi; mais, hors du combat, ils étaient indomptables. Là, on avait conservé lefranc-parler devant les chefs, on critiquait à haute voix et en termes énergi-ques la conduite des officiers, et le moindre soldat les interpellait avec ce tu-toiement grossier qui n’est pas le trait le moins caractéristique de cette épo-que. Il y avait fort à faire pour établir dans cette armée la sévère disciplinequi régnait aux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse sous l’épée de Pi-cliegru et de Jourdan. Dumas l’essaya, mais il n’était pas dans sa nature ar-dente d’entrer dans les minutieux détails de discipline et de théorie. Il aban-