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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 365
donna ce système, il conduisit ses soldats aux ennemis, et s’appliqua à utiliserainsi leur indomptable énergie; il multiplia les postes et les occasions decombat, et soumit les troupes à une activité de service telle, qu’il ne leurdonna pas un instant de repos. Cette activité produisit les plus heureux résul-tats. Plusieurs faits d’armes partiels signalèrent cette armée; mais la prise dumont Cenis en fut l’opération capitale autant par l’importance géographiquede cette position que par les difficultés qu’elle présentait. Une première attaquedirigée sur le petit mont Cenis avait échoué; une autre attaque sur le grandmont Cenis ne fut pas plus heureuse. Dumas, loin de se laisser abattre par cesrevers, y puisa une nouvelle énergie; il fit attaquer le mont Saint-Bernard etle Valaisan qui furent enlevés; il dirigea lui-même une nouvelle attaquecontre le mont Cenis : elle eut lieu le 14 mai. Il avait divisé son armée en troiscolonnes. Il s’agissait d’escalader des pentes abruptes couvertes de neige. Legénéral avait fait fabriquer pour chaque soldat des chaussons en lisière et descrampons de fer. On les avait exercés à grimper le long des rochers, portantleur arme d’une main et s’appuyant de l’autre sur le crampon de fer, commeles guides du Tyrol ou des Apennins . Les trois colonnes s’ébranlèrent ensemblependant la nuit du 14 au 15 mai. Le général en chef avait pris le commande-ment de la colonne de gauche, forte de 400 hommes; il enleva à la baïonnettela grande batterie du Villaret, tandis que la colonne de droite enlevait cellede Rives. On s’était battu pendant plusieurs heures sur les flancs du montCenis. La montagne, entourée de batteries, vomissait des torrents de feu. Legénéral en chef, un moment arrêté par un obstacle qui paraissait invincible,versait des larmes de rage, et frappait de son épée l’âpre rocher qui retardaitsa marche. Enfin l’obstacle fut surmonté, et la colonne put continuer sa péril-leuse ascension.
Au point du jour, le général piémontais Cliino, voyant les Français établissur les hauteurs, ordonna la retraite; mais il était trop tard : 600 hommes et20 pièces de canon y furent pris. Tous les ennemis avaient fui. Quelqueshommes encore, retirés sur un roc escarpé, se défendaient avec un couragesurhumain : c’étaient des émigrés. A leurs pieds était un de ces abîmes desAlpes si profonds que l’œil n’en peut mesurer la hauteur; devant eux étaientles républicains, c’est-à-dire la mort par le fer de la baïonnette ou par celui del’échafaud. Dans cette cruelle alternative, ils voulurent épargner aux Français la douleur de verser leur sang ou de les livrer aux bourreaux. Voyant que lafuite était impossible et la lutte inutile, ils se réfugièrent sur le sommet duroc, et là, brisant leurs armes, ils s’embrassèrent, et, se tenant par la main, ilss’élancèrent dans le gouffre en poussant un dernier cri, celui de vive le roi!que prolongèrent les échos et qui s’éteignit dans l’abîme. A cette vue, uneémotion douloureuse serra le cœur des républicains, et, par un sentiment irré-sistible d’admiration, les baïonnettes et les drapeaux s’abaissèrent spontané-ment pour rendre hommage à ceux qui savaient mourir ainsi.
C’est en ce moment que le comité de salut public ou plutôt Carnot auraitdû adopter un plan vaste et hardi en combinant la réunion des deux armées