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Tome second.
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366 HISTOIRE DE L’ARMÉE

par le centre : celle d’Italie , en filant à gauche, dans la vallée de Stura, par lecol de l’Argentière, eût débouché sur Coni; celle des Alpes , en manœuvrantsur sa droite par Château-Dauphin et Busco, eût pris la même direction pouropérer sa jonction sur Démont ou devant Coni même. De semblables opéra-tions, dit Jomini, offrent des difficultés; mais Annibal et Bonaparte ont prouvéqu’elles étaient possibles. Le prince de Conti lui-même, qui ne ressemblait enrien à ces grands capitaines, prit la même route en 1744 et eut d’abord dessuccès. Mais le comité de salut public était entré dans une voie de négociationsdiplomatiques qui paralysait son énergie.

La prise du mont Cenis termina la campagne à l’armée des Alpes. Un rem-fort de 10,000 hommes de troupes envoyés à l’armée du Rhin empêcha legénéral Dumas de profiter de ses avantages, et l’obligea à garder la défensive.Son armée se trouvait réduite à 22,000 hommes; il avait à protéger tous lesdébouchés qui s’étendent depuis le pays de Gex jusqu’à la vallée de la Nuva.Les généraux Moulin et Guillaume, qui lui succédèrent successivement, nechangèrent rien à ses dispositions.

Les opérations de l’armée d’Italie furent plus nombreuses et plus impor-tantes. Dumerbion y commandait toujours; il avait à sa disposition quarantebataillons et quatorze escadrons. L’armée austro-sarde s’était renforcée depuisl’année précédente; elle ne comptait pas moins de 53,000 hommes. La redou-table position de Saorgio, où nos soldats avaient perdu tant de monde l’annéeprécédente, était défendue par 18,000 hommes aux ordres du lieutenant-géné-ral Colli. Les alliés avaient compris que c’était le point le plus important deleur ligne de défense, et ils avaient mis tous leurs soins à le fortifier. Bona-parte , qui venait d’arriver à l’armée d’Italie comme commandant de l’artil-lerie, après avoir étudié attentivement la position, engagea le général en chef,qui avait déjà subi l’influence de son génie, à tourner cette position par lagauche. Cette manœuvre allait obliger l'ennemi à abandonner lui-même laposition de Saorgio; elle offrait en outre la facilité de couper la retraite à l’en-nemi en s’emparant de la grande route de Tende à Fontas par la Briga.

C’est sans doute à cette époque que le futur conquérant d’Italie , se prome-nant seul et méditatif au milieu des Alpes maritimes , entrevit dans son ar-dente pensée, derrière ces rochers séculaires, les riches plaines de la Lombardie ,où il devait conduire un jour nos soldats républicains, et rêva les prodiges dela campagne de l’an iv. Quoi qu’il en soit, sa proposition fut adoptée. La posi-tion de Saorgio fut tournée. Oneille fut prise ainsi que Ponte-di-Nave, Ormeaet Garessio, les redoutes du Col-Ardente , des cols de Fenestre et celles deTenda. Masséna, Serrurier, Laharpe et Cervoni, qui devaient acquérir une siéclatante renommée dans la campagne suivante, se signalèrent dans ces di-verses expéditions. Le colonel Rusca, natif de ces contrées, chasseur intrépide,auquel le plus petit sentier était connu, guida nos colonnes à travers les préci-pices des Alpes .

Ainsi, en suivant le plan du général Bonaparte , on avait obtenu dès le débutde la campagne plus d’avantages qu’on n’en avait eu depuis deux ans que