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Tome second.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

forcer cette position. Cette mesure était juste : l’archiduc fut repoussé avecperte, et le lendemain il repassa le Danube. La bataille de Neresheim aurait pului être bien plus funeste, si, au lieu d’être incertaine, elle avait été tout à faitmalheureuse. Mais, ayant repassé le Danube, et les deux armées françaises con-tinuant d’agir isolément , il forma alors un nouveau plan qui a été regardécomme une des plus belles conceptions dont puissent s’honorer les générauxautrichiens pendant ces longues guerres. Voyant l’armée de Jourdan plus faibleque celle de Moreau et placée à une plus grande distance de sa base, il conçutle projet de se réunir au général Warstenloben, afin d’accabler Jourdan et dele ramener sur le Rhin . De cette manière, Moreau, menacé par sa ligne de re-traite, serait forcé d’abandonner la Bavière . Cette conception était grande, ellea été nécessairement admirée. Il laissa le général Latour pour occuper Moreausur le Danube et partit en toute hâte. Moreau aurait pu profiter du départ de l’ar-chiduc pour tenter, de son côté, un mouvement dont les résultats eussent étéimmenses. Il pouvait, suivant le jugement de Napoléon et de l'archiduc, suivrela marche de l’ennemi, se rabattre sur le prince autrichien comme celui-ci serabattait sur Jourdan, et arriver ainsi à Timproviste sur ses derrières. L’ar-chiduc, pris entre Jourdan et Moreau, eût été perdu. Mais Moreau, n’osantprendre aucune détermination vigoureuse pour ne pas sortir du plan qui luiavait été tracé, se borna à passer le Danube et à s’avancer en Bavière , espé-rant attirer ainsi l’archiduc sur lui. Pendant ce temps, ce prince repoussait nossoldats au-delà du Rhin . Moreau, ne recevant aucune nouvelle de son collègue,et craignant de se trouver compromis en restant ainsi isolé sur les deux rivesdu Danube , songea à se rapprocher de sa base d’opérations. C’est alors qu’ilapprit lit défaite de Jourdan et qu’il craignit que l’archiduc ne volât sur leNecker pour fermer le chemin de la France à l’armée du Rhin. Moreauétait l’homme des circonstances difficiles. Son génie ne s’élevait pas jusqu’auxhautes conceptions stratégiques de Bonaparte , mais il avait une force d’âme,un sang-froid inaltérable; nul mieux que lui ne savait sortir d’une circonstancecritique et tirer parti des moindres ressources. Calculant avec justesse et laforce de son armée et sa position, il remonta dans la vallée du Danube pouraller reprendre celle du Rhin par la route des villes frontières. Poursuivi danssa marche par le général Latour au moment où il allait s’engager dans le vald’Enfer par où il voulait gagner le Rhin, il attaqua ce général à Biberach , dansun pays montueux, boisé et coupé de vallées; il l’aborda sur tous les pointsà la fois, pénétra à travers ses positions, attaquant les unes de front, tour-nant les autres, l’accula sur le Ress, le jeta dedans, et lui fit T,000 prisonniers.Cette bataille, une des plus belles de la république, releva le moral de l’arméedu Rhin-et-Moselle, et fit une utile compensation aux désastres de l’armée deSambre-et-Meuse. Moreau, continuant sa marche, s’engagea dans la forêtNoire, passa le val d’Enfer, arriva à Fribourg, remonta la rive droite du Rhin jusqu’à Kehl en présence de toute l’armée ennemie, livra aux troupes de l’ar-chiduc le combat sanglant et meurtrier d’Emmendingen , et, lie pouvantforcer le passage à Kehl , il résolut de le forcer sur le pont de Brissach; enfin,