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HISTOIRE DE L’ARMÉE
le 28 octobre, il livra à Schilengen un dernier combat, traversa le Rhin ets’achemina vers Nurherg. Ainsi finit cette retraite justement célèbre.
Cette campagne a été diversement jugée. Napoléon l’a blâmée sévèrement;il a blâmé le vice du plan tracé par le Directoire et la conduite de Moreau : « Saretraite, dit-il, au lieu d’être une preuve de talent, est la plus grande fauteque Moreau ait jamais pu commettre. Si, au lieu de se retirer, il eût tournél’ennemi et marché sur les derrières du prince Charles, je pense qu’il auraitécrasé ou pris l'armée autrichienne. Le Directoire me portait envie; il avaitbesoin de tout faire pour diminuer la gloire militaire que j’avais acquise. Nepouvant accréditer Moreau pour une victoire, il le vanta pour sa retraite et lefit louer dans les termes les plus pompeux, quoique les généraux autrichienseux-mêmes blâmassent sa retraite. Au lieu d’éloges, Moreau méritait la plussévère censure et la plus complète disgrâce. »
« Ainsi finit cette retraite que, d’une part, on a trop vantée, et que, del’autre, on a jugée avec trop de rigueur. L’armée du Rhin, engagée en Ba-vière , tomba dans une position défavorable par la retraite de Jourdan. Cettefausse position, où elle s’était volontairement engagée après le départ de l’ar-chiduc, justifie assez le reproche, encouru par Moreau, de n’avoir pas suivi lamarche de ce prince sur Nuremberg , afin d’agir de concert avec l’armée deSambre-et-Meuse; lorsque, après avoir négligé cette occasion de combattre leprince Charles avec des forces supérieures, la retraite de l’armée du Rhin-et-Moselle devint indispensable, elle n’eut rien de si périlleux ni de si étonnantqu’on puisse la mettre en parallèle avec celle de Xénoplion, comme beaucoupd’écrivains l’ont tenté. Moreau n’avait sur sa droite aucune force ennemie ca-pable de s’opposer à sa marche. Il eut, à la vérité, sur ses derrières de petitscorps de partisans, et à la fin une assez forte division; mais, dans un pays oùles routes sont si nombreuses, toutes ne sauraient être bien gardées.
« L’armée française recueillit une trop juste gloire des combats multipliésqu’elle livra ou soutint, pour qu’on ait besoin d’exagérer le merveilleux d’unecampagne où l’un de ses généraux fit briller quelques étincelles d’un géniequi ne se développa que trois ou quatre ans plus tard. »
L’armée avait le plus grand besoin de repos après cette rude campagne; sixmois de bivouacs continuels avaient exténué les hommes et les chevaux etruiné le matériel. L’habillement ainsi que la chaussure étaient totalement dé-truits. Un tiers des soldats marchaient nu-pieds, et l’on n’apercevait sur euxd’autres vestiges d’uniforme que les buffleteries. Sans les haillons de paysansdont ils étaient couverts, leur tête et leur corps eussent été exposés à toutes lesinjures du temps. C’est dans cet état qu’ils défilèrent à Huningue . « Et cepen-dant, dit Gouvion Saint-Cyr auquel nous empruntons ces détails, leur aspectétait imposant. A aucune époque je n’ai vu d’armée aussi martiale. Leur dé-marche était fière; peut-être quelque chose de farouche se faisait voir dansleurs regards. »
Campagne d’Italie (1796). — La cinquième campagne qui allait s’ouvrir à l’ar-