ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 414
campagne. Masséna à Carmignano, Augereau à Bassano , attaquèrent les divi-sions autrichiennes et les forcèrent à se replier, après deux combats chauds etsanglants. Bonaparte comptait achever le lendemain la défaite d’Alvinzi, lors-qu’il apprit pendant la nuit que Vaubois avait été forcé dans sa position, etqu’il se retirait en désordre vers la Corona et Rivoli, après avoir perdu 4,000hommes. Ces foudroyantes nouvelles atterrèrent un moment lame forte etpuissante de Bonaparte ; mais il se ranima promptement, et sa résolution futprise : il fit replier pendant la nuit ses troupes victorieusesjusqu’à Vérone , fitporter à la Corona et à Rivoli quelques hommes disponibles, et s’y rendit lui-même avec une faible escorte. Il y trouva les troupes de Vaubois, qui venaientde s’y rallier. Les 39 e et 83 e demi-brigades avaient causé le désastre de la veilleen cédant à une terreur panique, Bonaparte voulut leur donner une leçon; ilfit assembler toutes les troupes de la division, et là, en présence de tous, ilflétrit énergiquement la conduite de ces deux demi-brigades; puis, s’adressantau chef d’état-major, il lui dit : Faites écrire sur les drapeaux que les 39 e et85 e demi-brigades ne font plus partie de l'armée d'Italie . A ces mots, les soldatss'avancèrent vers le général pour le supplier de retirer son ordre. Ils rap-pelèrent leur conduite passée, et jurèrent de se venger sur les ennemis de cettedéfaite d’un jour et de montrer qu’ils étaient dignes encore de faire partiede l’armée d’Italie. Bonaparte feignit d’être touché du repentir de ces bra-ves gens, et leur adressa quelques paroles encourageantes. En même temps,il les fit placer à l’avant-garde, assuré désormais qu'ils feraient une résistancedésespérée. Après cet incident, le général en chef distribua les troupes de ladivision Vaubois dans les positions les plus favorables à la défense, et, ayantassuré ainsi sa gauche et ses derrières, il revint en toute hâte à Vérone pourrecommencer la lutte engagée contre Alvinzi. Celui-ci, voyant l’armée fran-çaise se replier après uu succès, en devina la cause. En conséquence, il seporta sur Caldiero, à trois lieues de Vérone , où il espérait entrer le lendemain.Bonaparte le fit attaquer dans sa position, mais il ne put l’en chasser : un vio-lent orage, qui éclata au commencement de la bataille, paralysa les efforts denos troupes; elles furent repoussées. La position devenait de plus en plus cri-tique. La défaite éprouvée par Vaubois avait réduit sa gauche à 8,000 hommes;celle qu’il venait d’éprouver lui-même réduisait son armée active à 14,000hommes, et il avait devant lui Alvinzi avec 40,000 hommes. Il rentra dansVérone , somhre et découragé. Cet homme si fort s'abandonna au désespoir.Son âme tout entière déborde dans la lettre qu’il écrivit au Directoire pendantcette nuit mémorable (1), où, le front dans ses deux mains, il suppute toutes
(1) «Je désespère d’empêcher la levée du blocus de Mantoue , qui dans huit jours était ànous. Si ce malheur arrive, nous serons bientôt derrière l'Adda, et plus loin s’il n’arrive pas detroupes.
« Les blessés sont l’élite de l’armée : tous nos officiers supérieurs, tous nos généraux d’élitesont hors de combat; tout ce qui m’arrive est si inepte! et ils n’ont pas la confiance du soldat!L’armée d’Italie, réduite à une poignée de monde, est épuisée. Les héros de Lodi, de Millesimo ,de Castiglione et de Bassano sont morts pour la patrie ou sont à l’hôpital; il ne reste plus aux