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HISTOIRE DE L’ARMÉE
les chances de sa position : cette conquête d’Italie , si rapidement accomplie, siglorieusement défendue, va lui être ravie; sa fortune, si éclatante au début,va être voilée par une défaite; et qui sait si l’envie ne lui disputera pas jusqu’auprivilège de ses victoires passées! Tout à coup son regard s’enflamme; un éclairde génie a traversé sa pensée : il a trouvé une nouvelle combinaison qui valui assurer la victoire. L’armée cependant était dans l’anxiété. La confiancequ'elle avait dans son jeune général ne l’avait point abandonnée; mais elleattendait impatiemment l’ordre du jour, qui devait faire connaître ses instruc-tions et pressentir ses projets. La journée du 14 novembre s’écoula, et l’ordredu jour n’annonça rien. L’émotion était au comble. Les blessés qui souffraientencore, les malades dévorés par la lièvre, sortaient des hôpitaux en apprenantle danger de l’armée, et venaient reprendre leur rang. Enfin, vers la nuit,l’ordre de partir est donné : on sort de Vérone, et l’on se rend vers Milan .L’armée bat en retraite, l’Italie est perdue ! dit-on de toutes parts. Ces motscirculent dans les rangs et y produisent une tristesse profonde; on marchesilencieusement. Tout à coup l’armée reçoit l’ordre de se rapprocher del'Adigepar un mouvement à gauche. L’espoircommenceàrenaître.Enfin, aprèsplusieurs heures de marche, elle repasse l’Adige à Ronco et se déploie sur l’autrerive du fleuve qu’elle croyait abandonner. Il y a plus, on se rapproche de l’ar-mée d’Alvinzi et on se trouve sur ses flancs. Le plan inspiré à Bonaparte parle désespoir est extraordinaire; mais l’armée le devine, et l’espérance fait placeau désespoir. En effet, il vient de se jeter au milieu des vastes marais forméspar l’Adige et par l’Alpon, et qui sont traversés par deux chaussées remon-tant à Vérone l’une à gauche, par Porcil etCombiano, l’autre à droite, par le vil-lage d’Arcole. Dans cette position, l’avantage du nombre disparaît, puisque lestêtes de colonnes seules peuvent être engagées, et il peut lui-même tomber surle flanc des Autrichiens s’ils essayaient de s’emparer de Vérone , où il avaitlaissé Kilrnaine avec 1,500 hommes, et déboucher par Arcole sur les derrièresd’Alvinzi. En conséquence, Masséna fut placé sur la digue de gauche, Auge-reau sur celle de droite. Au point du jour, ce général, en se portant sur Ar-cole, tomba dans un corps de croates en reconnaissance. Un combat d’avant-garde s’engage et devient assez vif. Alvinzi, qui croyait l’armée française à
corps que leur réputation et leur orgueil. Joubert, Lamies, Lanusse, Victor, Murat, Chariot,Dupuis, Rampon , Pigeon, Ménard, Chabran sont blessés : nous sommes abandonnés au fond dePltalie. La présomption de mes forces nous était utile; on publie dans des discours officiels quenous ne sommes que trente mille hommes.
« J'ai perdu dans celte guerre peu de monde, mais tous des hommes d’élite qu’il est impos-sible de remplacer. Ce qui me reste de braves voit la mort infaillible, au milieu des chances sicontinuelles et avec des forces si inférieures. Peut-être l’heure du brave Augereau, de l’intrépideMasscna, de Berlliier, de .. est prés de sonner. Alors! alors! que deviendront ces braves gens?Celle idée me rend réservé, je n’ose plus affronter la mort, qui serait un sujet de décourage-ment et de malheur pour tous ceux qui sont l’objet de mes sollicitudes.
« Sous peu de jours nous essaierons un dernier efifort. Si la fortune nous sourit, Mantoue serapris et avec lui l’Italie . »