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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

tiers au moins de son armée, qu’il est harassé et découragé. Il n’hésite pas àquitter les digues et à se déployer dans la plaine.

Le 17 novembre, au point du jour, commença le troisième acte de cetteterrible lutte. L'armée française déboucha par Ronco, Masséna par la diguegauche, Augereau par la digue droite, et, après les avoir balayées, les deuxdivisions arrivèrent dans la plaine en présence des ennemis. L’ordre déchar-ger est donné aussitôt, et le combat recommence avec acharnement. LesAutrichiens plient, un heureux stratagème achève de les mettre en déroute.Bonaparte a placé dans les marais 25 trompettes qui, sonnant à la fois, portentl’épouvante dans les rangs autrichiens; ils abandonnent le champ de batailleaprès soixante-douze heures de combat. Les soldats étaient tellement fa-tigués, [qu’ils passèrent la nuit sur le champ de bataille même. Alvinzi seretira en toute hâte vers Montébello. Il avait laissé dans les marais de Ronco8 à 10,000 morts ou blessés et 5,000 prisonniers. Bonaparte , de son côté,avait perdu beaucoup de monde. Il ne chercha point à poursuivre vive-ment l’ennemi ; il rentra à Vérone en passant par le champ de bataille qu’a-vait occupé Alvinzi. Qu’on juge de l’étonnement des habitants de Vérone qui avaient vu cette poignée d’hommes sortir mystérieusement et en fugitifs,et qui les voyaient rentrer triomphalement, précédés d’une grande victoire.Amis et ennemis ne purent s’empêcher de rendre hommage au génie ducapitaine et au courage et à l’intelligence de ses soldats. Bonaparte , poursui-vant son avantage autant que le lui permettait sa faible armée, fit soutenirVaubois, rejeter Davidowich dans le Tyrol et occuper les anciennes positionsqu’il avait sur l'Adige .

La victoire d’Arcole produisit en France et en Europe une sensation extrême.Le Directoire, qui croyait tout perdu après la lettre que lui avait adressée Bo-naparte , passa de la consternation à la joie la plus vive. Les deux Conseilsfélicitèrent encore une fois l’armée d’Italie de ses succès, et décidèrent que lesdrapeaux qu’Augereau et Bonaparte avaient portés sur le pont d’Arcole, aumilieu du feu et de la fumée, leur seraient donnés pour être conservés dansleur famille. Enfin on admira partout en Europe le génie de l’homme ex-traordinaire qui, abandonné à ses propres forces au fond de l’Italie , sou-tenait une telle lutte contre les nombreuses armées de la puissante maisond’Autriche .

La victoire d’Arcole, malgré son éclat, n’avait pas été aussi décisive qu’elleaurait pu l’être. Bonaparte avait perdu beaucoup de soldats dans ces trois jour-nées, le succès avait été; si chèrement acheté qu’il n’avait pu poursuivreAlvinzi et qu’il s’était borné à conserver sa ligne défensive sur l’Adige . Lacrainte de laisser Vv'urmser s’échapper de Mantoue l’empêchait d’affaiblir ladivision qui formait le blocus de cette ville; et cependant les corps de Massénaet d’Augereau étaient considérablement réduits. Il est vrai que quelques régi-ments venus de l’intérieur et quelques bataillons de l'armée des Alpes avaientrejoint l’armée d’Italie après Arcole; mais qu’étaient ces renforts auprès deceux que l’empire préparait pour la nouvelle campagne qui allait s’ouvrir?