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Tome second.
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132 HISTOIRE DE L’ARMÉE

tentemenl; les soldats de l'armée d’Italie eux-mêmes, méridionaux la plupart,ainsi que nous l’avons dit, bien que Bonaparte fût leur idole, partagèrent lemécontentement de leurs frères du Rhin . Comme tous les gens à imaginationardente, ils passèrent vite de 1’cspoir à la crainte, et émirent les suppositionsles plus bizarres, souvent même les plus outrageantes pour le héros d’Arcole etde Rivoli. Ses généraux de prédilection eux-mêmes, ses aides-de-camp, sesamis, ceux qui avaient bivouaqué auprès de lui sous sa tente et partagé sa for-tune dans cette belle et chaude Italie qu’il avait remplie de merveilles, ceux-là aussi étaient passés de l’espérance au désespoir, de la conliance à la crainte.On vit l’intrépide Cannes , le fougueux Murat, saisir leur chapeau, le jeter avecdésespoir sur le sable et le fouler aux pieds. Cependant la présence de Bona-parte , toujours calme au milieu des fatigues et des privations, imposait silenceaux murmures et ranimait un peu les courages abattus. On s’en prenait alorsaux savants, qu’on disait avoir conseillé cette campagne à Bonaparte , dans lebut de découvrir des villes qui n’existaient plus. Peu à peu on commença à sup-porter plus patiemment ces épreuves si dures et si nouvelles, et le caractèrefrançais reprit insensiblement le dessus. Les saillies revinrent, et nos soldatsexhalèrent leur humeur en lazzis sur ces pauvres savants qui, eux-mêmes,ivaient été cruellement éprouvés. On en voulait surtout au commandant dugénie, le général Calfarelli, qui, à une bravoure extrême, unissait une con-naissance approfondie de l’antiquité, et qui, curieux comme les savants, faisaitsouvent arrêter Bonaparte pour visiter quelques débris antiques. Lejeune gé-néral avait pour Calfarelli beaucoup d’amitié et de confiance, aussi disait -011que c’était lui qui l’avait entraîné en Égypte , et, comme il avait eu une jambeemportée par un boulet de canon sur les bords du Rhin , les soldats ajoutaient :

« Il s’en moque, lui, il a un pied en Europe ! » Puis on discourait longuementsur le but de la campagne : les uns disaient que le Directoire , en envoyantl’armée en Égypte, avait voulu se défaire de Bonaparte , dont la gloire étaitimportune à tout le inonde; d’autres ne craignaient pas de dire tout haut quele général en chef, en acceptant le commandement de cette armée, n’avaiteu d’autre but que de venir fonder une royauté en Orient. Ceux qui avaient ludans Volney la description de l’Égypte et de la merveilleuse fécondité du Nil ,avaient beau parler de ce magnifique jardin qu’on nomme le Delta et de larichesse de la ville du Caire , on ne voulait plus y croire, et ils étaient l’objetdes railleries. Le Caire , disait-on, n’existe pas, ou, s’il existe, c’est, commeAlexandrie, un amas de vieilles ruines, ou, comme Damanhour , un assem-blage informe de mauvaises cahuttes en bois. Enfin, après quatre journées aumilieu du désert, sous les grands feux de l’été, on aperçut le Nil . Les soldatss’y précipitèrent aussitôt et les souffrances furent oubliées.

L’armée était arrivée à Ramanieli (10 juillet), elle était dans l’abondance,mais elle manquait de pain, non pas faute de blé, mais faute de moyens de lepréparer. Celui qu’on avait reçu au départ d’Alexandrie avait été gaspilléavec l’imprévoyance naturelle aux soldats. Les Français , habiles à s’ingé-nier, broyèrent du mais entre deux [lierres, à la manière des Arabes , et le fai-