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Tome troisième.
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48 HISTOIRE DE L’ARMÉE

terre avec les deux. Des nuages, tellement épais qu’en se touchant on ne sevoyait pas, couvrirent les montagnes élevées que les troupes françaises ve-naient d’escalader et enveloppèrent d’un A'oile obscur le champ du carnage.Bientôt les combattants ne s’aperçurent plus qu’à la lueur des éclairs, ne se re’connurent qu’à la voix de leur chef. L’éclat de la foudre, le grondement de latempête couvrant le bruit du canon et la crépitation des mousquets, ajoutaientà l’horreur de cette scène. Puis, peu à peu, le feu de la mousqueterie s’étei-gnit, le canon cessa de gronder, et on n’entendit plus que la foudre du ciel.Chaque soldat gardait son rang, immobile et muet, et cela dura trois quartsd’heure! A la fin de l’orage, chacun occupait la place qu’il avait au commen-cement : mais l’ennemi s’était renforcé par l’arrivée de corps venus des val-lées voisines et qui avaient pu marcher. Les sentiers étaient devenus glissantset difficiles. Le combat recommença. A gauche de l’attaque, le général Spitalfut blessé; à la droite, l’adjudant-général Gauthier enleva les redoutes quidéfendaient le camp ennemi. En cet instant, les Autrichiens firent donnerune de leurs réserves pour reprendre cette position. Le choc fut terrible etla mêlée sanglante, On se battit corps à corps avec un acharnement inouï;mais l’adjudant-général Gauthier tomba grièvement blessé, et ses troupesplièrent. Le lieutenant-général Soult, avec cette promptitude de résolution quile caractérise, fit avancer pour le soutenir le général Poinsot avec une demi-brigade. L’ennemi plia à son tour, le camp de Monte-Cretto fut pris et les ba-raques incendiées. Une nouvelle réserve des Autrichiens, plus forte, plus com-pacte, obligea le vainqueur à reculer. Soult, dont l’énergie grandit avec ledanger, rallie quelques soldats et se précipite une seconde fois sur l'ennemi.Une balle lui fracasse la jambe droite, il tombe, et cette blessure arrache uneseconde fois la victoire à cette poignée de braves. C’est en vain qu’ils essaientde lutter, l’homme qui dirigeait la victoire n’est plus à leur tète, ils ne peu-vent ni le venger ni l’arracher aux mains des ennemis (i).

L’ennemi poursuivit faiblement ces braves soldats pendant leur retraite.

Ainsi se termina cette fatale journée où l’armée fit une perte irréparable aumilieu de tant d’autres pertes, celle du lieutenant-général Soult resté au pou-voir des ennemis.

A Gênes , pendant le combat, X ,000 femmes s’étaient rassemblées et parcou-raient les rues une sonnette à la main, en demandant, avec des cris déchirants,du pain ou la fin de leurs maux. On parvint à dissiper ces attroupements endistribuant un peu d’argent; mais ce n’était là que la première page du der-nier, du plus atfreux chapitre de cette histoire.

Cependant l’arrivée d’un officier, dépêché par Bonaparte , apprit à Massénaque l’armée du Rhin avait commencé victorieusement ses premières opéra-tions et que lui-même venait prendre le commandement de l’armée de ré-

(1) On sait que le général Soult, voyant qu’il ne pouvait se relever el échapper aux ennemis,fit approcher un grenadier et le chargea de porter ses armes et ses insignes de général à Mas-séna, afin, lui dit-il, que ces trophées ne tombent point au [ ouvoir de l’ennemi.