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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L'ARMÉE

dant qu’il pût juger par lui-même de la nature de cet obstacle, il prescrivit augénéral Lannes de se porter vers la vallée d’Ivrée par un petit sentier qu’onavait découvert à gauche sur le sommet du mont Albarédo, et qui n’était guèreconnu que des chevriers des montagnes et des chasseurs de chamois, afin deprendre une forte position qui mît l’armée à l’abri d’une surprise. Les hommesn’y passaient que un à un. La division Lannes tout entière prit ce chemin pourarriver à Ivrée. Mais l’artillerie et le matériel se trouvaient arrêtés. Bonaparte arriva enfin devant le fort de Bard, plein d’impatience, et s’empressa aussitôtd’aller reconnaître l’obstacle qui arrêtait ainsi la marche de son armée. Letemps pressait : la plupart de ses divisions étaient encombrées entre le Saint-Bernard et le fort de Bard, et celles de Moncey et de Chabran se portaient éga-lement sur ce point en venant du Saint-Gothard et du petit Saint-Bernard .Voyant qu’il était impossible d’enlever le fort par un coup de main, il fit pren-dre aux autres divisions la route qu’avait suivie Lannes. Mais restait l’artillerie,qu’on ne pouvait traverser que par la route de Bard et sous une pluie de feu,à portée de pistolet. Pour obvier à cet obstacle, on imagina de couvrir de fumierles rues de la ville et d’envelopper les pièces de l’artillerie de manière àamortir le bruit. Quarante pièces et une centaine de caissons furent ainsitraînés à la prolonge par les canonniers à la faveur des ténèbres de la nuit.Cette opération fut plusieurs fois troublée par le canon de la place et surtout parles pots de feu que les Autrichiens lançaient et qui couvraient la route de pro-jectiles. Bonaparte ne voulut point quitter la vdllée sans tenter une attaque devive force sur le fort lui-même. C’était une entreprise dangereuse, mais quipouvait réussir à force d’audace et de témérité. Le brave- général Loison futchargé de cette attaque. A la tête d’une colonne de grenadiers, il escalada lesrochers, franchit les palissades et pénétra jusqu’au pied des revêtements.Mais, après avoir essuyé un feu violent et en quelques instants perdu 200 hommes,il fut forcé de renoncer à cette entreprise. On fut donc obligé de continuer àfaire passer l’artillerie par le moyen que nous avons indiqué. L’obstacle futenfin tourné, et le 27, le gros de l’armée se trouvait réuni à Ivrée , que le gé-néral Lannes avait enlevé par escalade quatre jours auparavant (1).

Pendant que l’armée se formait à Ivrée , les divisions Chabran, Thurreau etMoncey opéraient avec succès les mouvements qui leur avaient été prescrits.Bonaparte résolut donc de pénétrer enfin dans la plaine. Lannes, avec l’avant-garde, déboucha de la vallée d’Aoste et culbuta le corps du général Had-dick qui, avec quelques milliers d’hommes, gardait le défilé des Alpes . Notrearmée venait de mettre le pied sur les riches plaines du Piémont.

Le 28, l’avant-garde se présentait à Chivasco, sur les bords du Pô . Treize

(1) Les corps réunis à Ivrée , le 27, étaient, sans compter Moncey, Thurreau et Béthencourt :ceux de Lannes; division Watrin; brigade Muller, brigade Rivaud (cavalere). — Dnhesme; divi-sion Loison, division Boudet. — Victor; division Chainbarlhac, division Gardaune. — RéserveMurat; division Monnier, division de cavalerie Harville, Lorge, Kellermann, division de cava-lerie Duvignan, brigade Champeaux. — Flanqueurs, brigade italienne de Lecchy. La divisionChabran était restée autour du fort pour l’investir.