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Tome troisième.
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ET DE TOUS LES REGIMENTS .

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Les affûts démontés furent portés par les mulets, ainsi que les caissons degargousses et les cartouches d'infanterie. Les paysans, auxquels on promit defortes récompenses, furent chargés de s’atteler à ces traîneaux. On leur donnaitjusqu’à 1,000 francs par pièce. Mais bientôt les difficultés devinrent si grandes,surtout dans les descentes des montagnes, qu’ils y renoncèrent tous. On futalors obligé d’employer les soldats, qu’on avait ménagés jusqu’alors; car onallait leur imposer des fatigues et des travaux plus extraordinaires. On choisitcent hommes pour chaque pièce dans les diverses divisions, et on leur dis-tribua l’argent qu’on devait donner aux paysans. Les canons furent donc traî-nés à bras par nos soldats. Dans les passages difficiles, les musiques des régi-ments jouaient des marches animées pour encourager les travailleurs et lesaider à surmonter les obstacles les plus grands. C’est ainsi que les divisionsfranchirent avec leur matériel la grande chaîne des Alpes par des sentiers im-praticables aux charrois, et dont le passage était rendu plus dangereux encorepar les fontes des neiges.

Bonaparte , cependant, était resté de l’autre côté du Saint-Bernard, laissantà Berthier le soin de diriger cette entreprise difficile : son but était d’entretenirl’erreur du général Mêlas, de presser l’arrivage des approvisionnements, derégler la marche des troupes et d’attendre des nouvelles de l’armée de Ligurie .Il en reçut le 19, aussi favorables qu’il pouvait le désirer, etàson tour il fran-chit le Saint-Bernard, le 20 mai, monté sur un mulet et revêtu de cette capotegrise qu’il n’a cessé de porter depuis cette époque. Lannes, cependant, avaitcontinué sa marche sur la vallée d’Aoste , où il pénétra le 18, après avoir chasséquelques milliers de Croates . Nos soldats suivaient gaiement le chemin de celtevallée qui les conduisait en Italie , lorsque tout à coup ils furent arrêtés par unobstacle imprévu, le fort de Bard. Les officiers du génie de l’avant-garde dé-clarèrent qu’il était impossible de passer sans briser cet obstacle. La conster-nation fit place à la joie. Le résultat de ces marches pénibles devait donc êtreperdu pour nos soldats au moment même où ils allaient pénétrer en Italie . Eneffet, le fort de Bard est construit sur un rocher isolé qui s’élève à l’extrémitéde la vallée d’Aoste , à l’endroit où cette vallée se rétrécit sensiblement. Ce ro-cher est formé d’un éboulement du mont Albarédo, qui semble s'être détachépour fermer hermétiquement la vallée. La route, en cet endroit, ou plutôtl’espace laissé libre, est occupé par une rangée de maisons qui compose lebourg et par la Dira Baltea, qui s’est creusé un lit de l’autre côté de l’ébou-lement. Quant au fort, il est construit en ellipse autour du rocher, sur un déve-loppement de cinquante-six toises de longueur, et flanqué de plusieurs tours.

Ce fort, qu’on avait eu le tort de ne pas reconnaître, faillit faire échouer leplan de campagne si laborieusement poursuivi par Bonaparte . Lannes fit aus-sitôt attaquer le bourg, qui fut enlevé à la baïonnette. Mais le fort était impre-nable. Il était occupé par une forte garnison et commandé par un hommede résolution. Il semblait que l’armée ne pût faire un pas de plus sous le feude ses batteries. Le premier consul, en arrivant à Aoste , apprit ce funeste in-cident. Il fut un moment atterré; mais il se remit promptement, et, enatten-m. 4