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HISTOIRE DE L’ARMÉE
ligne du Pô. Il se mettait en mesure d’agir sur les deux rives et d’arrêter legénéral Mêlas, quelle que fût la route qu’il voulût prendre. Ce projet, calculéavec autant de prudence que d’audace, eut un plein succès, malgré les marchesdivergentes auxquelles il donna lieu. La seule observation qu’on puisse fairesur ce plan, c’est qu'il retardait de dix jours les secours promis à Masséna etsacrifiait ainsi la malheureuse armée de Ligurie .
En conséquence, pour entretenir l’illusion du commandant en chef del’armée autrichienne, il laissa le général Lannes sur la Chiusella, avec ordrede former un rideau d’observation de Chivasco à Trino; il fit filer toute l’arméederrière ce général, de manière à ce que la réserve de Murat se trouvât formerl’avant-garde. En conséquence de ce mouvement, ce général se mit en marchevers Buffalora, et arriva le 31 devant le Tésin. Ce fleuve, large, profond etrapide, formait un obstacle insurmontable à l’armée française. On n’avait pasde barques pour le franchir, et, sur l’autre rive, on apercevait la cavalerie ducorps de Wuskassowich, chargé de garder les débouchés du Simplon.Un canalqui part d’Ollegio, et conduit jusqu’à Milan les eaux du Tésin dont il est formé,en longeant ce fleuve jusqu’à Buffalora, facilita le passage de nos troupes. Lacavalerie ne pouvant manœuvrer dans l’espace étroit qui existe entre le canalet le fleuve, le général autrichien n’y avait placé que quelques postes. On pro-fita de cette circonstance pour tenter le passage. L’adjudant-général Girard sejeta avec quelques centaines de soldats sur la rive gauche, au moyen d’em-barcations saisies dans un bras du Tésin, et, abordant résolûment les postes decavalerie des Autrichiens, les força à se replier vers Turbigo. Au bruit ducanon, Wuskassowich accourut avec une brigade d’infanterie, et força à sontour l’adjudant Girard à se replier. Celui-ci se défendit plusieurs heures de suitecontre plus de S,000 hommes, disputa le terrain pas à pas et parvint à con-server la tête du pont de Naviglio-Grande, d’où dépendait le succès de l’en-treprise, jusqu’à ce que le général Monnier vînt à son secours et fondît sur lestroupes ennemies, qui furent repoussées. Ainsi, le passage de ce fleuve, quipouvait arrêter l’armée française, ne coûta qu’un combat d’avant-garde. Wus-kassowich profita de la nuit pour opérer sa retraite sur Milan , et de là surl’Àdda, après avoir prescrit au général Dedowich, qui se trouvait au pied desmontagnes, de se replier également vers ce fleuve par Cassano.
Bonaparte marcha droit sur Milan , riche et belle capitale destinée à servirau triomphe de tous les conquérants qui viennent frapper à ses portes, où ilfit son entrée le 2 juin. Il fut reçu au milieu des plus vives acclamations. Lapopulation tout entière s’était portée au devant du premier consul. Le jougdes Autrichiens avait été si dur depuis que les Français avaient été forcésd’abandonner cette capitale, qu’ils ne pouvaient croire à leur retour inespéréet à la présence du vainqueur de Rivoli, qu’ils avaient vu, il y avait deux ans,dans leurs murs, et qui seul pouvait conserver l’Italie . L’existence de l’arméede réserve, qui avait été un mystère même pour le cabinet de Vienne , et unobjet de raillerie pour toute l’Europe, l’existence de cette armée paraissait im-possible aux Milanais. Ces malheureux, auxquels le nom de patrie était inconnu