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HISTOIRE DE L’ARMÉE
Armée du Rhin. — L’armée du Rhin ou d’Allemagne , confiée à Moreau, avaitété formée, ainsi que nous l’avons dit, de la réunion des deux armées du Rhin et d’Helvétie. Elle était forte de 103,000 hommes. On avait épuisé les ressourcesde l’État pour l’organiser avec soin et lui fournir un matériel complet d’artil-lerie et des moyens de passage, pour en faire enfin la plus belle, la plus forte,la plus puissante armée de la république. Les demi-brigades qui la formaientétaient toutes composées de vieux soldats; à peine leur avait-on envoyé quel-ques conscrits, plutôt encore pour rajeunir les cadres que pour les compléter.C’étaient, du reste, les demi-brigades qui venaient de combattre, sous Jourdanet Masséna, à Stokach et à Zurich , et qui, précédemment, avaient suivi Piche-gru en Hollande, Hoche, Kléber et Moreau au-delà du Rhin , et avaient pénétréau cœur de l’Allemagne jusqu’au Danube . En un mot, c’étaient des soldatséprouvés par leur courage, leur discipline, leur instruction et leur constance.Aussi, malgré les haillons de la misère dont ils étaient couverts, rien n’étaitsuperbe et imposant sous les armes comme les soldats de cette armée. Lesvieux militaires qui se rappellent les avoir vus défiler sur les ponts de Kehl ,de Bàle et de Cassel, lors du passage du Rhin en 1800, parlent encore avecadmiration de leur tenue martiale. En les voyant partir, on augurait qu’ilsallaient accomplir de grandes choses. Les généraux qui les commandaientétaient eux-mêmes sortis la plupart du sein de ces armées; simples soldatsla veille, ils avaient conservé en s’élevant ce lien de fraternité que font naîtresi vite, sous les drapeaux, le bivouac dans les camps et les dangers sur lechamp de bataille. Pour les soldats, c’étaient des compagnons d’armes plutôtque des chefs. L’égalité républicaine avait hiérarchisé avec trop de justice lacapacité, le courage de chacun, pour que l’élévation des uns inspirât aux autresdes sentiments de jalousie et de révolte. Dans ces armées, où tous étaientarrivés avec des droits égaux, où les grades avaient été répartis d’abord auchoix, puis sous le feu de l’ennemi et comme récompense du dévouement oudu talent, ceux qui étaient parvenus avaient tous fait leurs preuves, et per-sonne ne songeait à se plaindre; en sorte qu’on remontait, sans transitionheurtée, du simple soldat jusqu’au général en chef.
En donnant à Moreau le commandement d’une telle armée, Bonaparte pen-sait, avec raison, que ce général aurait une grande mission à remplir. On saitcomment il s’acquitta de cette mission à Stokach, Engen, Moeskerich, Hochstettet, enfin, à Hohenlinden . Nul, du reste, n’était plus digne et plus capable queMoreau de commander à une armée de 100,000 hommes. Les grands talentsqu’il avait déployés dans ses campagnes sur le Rhin , les grands services qu’ilavait rendus dans ses campagnes en Italie , le désignaient au choix du premierconsul. C’était, après le vainqueur des Pyramides, la première capacité mi-litaire de l’Europe .
Le nouveau général en chef vint prendre le commandement de l’armée duRhin vers la fin de décembre. Son premier soin fut de l’organiser en trois corpsprincipaux de trois divisions chacun et une réserve. Lecourbe fut chargé ducommandement de l’aile droite, Gouvion Saint-Cyr de celui du centre et le gé-