44 HISTOIRE DE L’ARMÉE
le tableau ci-contre, dont 83,000 d’infanterie, 14,000 de cavalerie et 4,000d’artillerie.
Le plan adopté en dernier lieu par le premier consul, et qui était propre àMoreau, consistait à traverser le Rhin sur trois points : Kehl, Vieux-Brisach etBâle , au lieu de le traverser sur un seul point, Schaffouse, et de se porter di-rectement au point stratégique décisif, comme l’avait d’abord résolu Bona-parte . Ces deux plans ont été diversement commentés. Quoi qu’il en soit, Mo-reau se disposa à mettre le sien à exécution. Les divisions françaises étaientainsi réparties : Lecourbe, avec l’aile droite, occupait la ligne du Rhin helvé-tique; Moreau, avec la réserve, occupait la haute Alsace et se liait, avec l’ailedroite, par Sekingen; Saint-Cyr, au centre, avait ses troupes cantonnées depuisBrisacli jusqu’à Plobsheim; enfin, Sainte-Suzanne, à la gauche, occupait lecamp de Kelil, la place de Strasbourg et les cantonnements entre cette ville etHaguenau .
Les forces quel'Autriche engageait sur le Rhin s’élevaient à 130,000 hommes,dont 40,000 dans les places fortes et 111,000 ainsi répartis : la droite des enne-mis observait le cours du Rhin entre Mayence et Rastadt; un autre corpsd’armée couvrait les débouchés de Strasbourg , tenait le Val-d’Enfer et obser-vait le Vieux-Brisach; enfin le gros de l’armée autrichienne était campé aupoint de jonction des routes qui du Rhin aboutissent au Danube , en arrièredes défilés de la forêt Noire. Les deux armées présentaient ainsi la forme d’ungrand arc dont les Autrichiens tenaient la corde.
L’armée française se mit en mouvement, le 25 avril, pour traverser le Rhin sur les trois points indiqués : Sainte-Suzanne, par Kehl; Saint-Cyr, par le Vieux-Brisach; la réserve, par le pont de Bâle ; puis, ayant attiré l’ennemi sur ces troisdébouchés, les trois corps, se dérobant tout à coup et marchant par la droitele long du Rhin , étaient remontés j usqu’à Schaffouse pour protéger le passage dugénéral Lecourbe. Le I" mai, c’est-à-dire six jours après, chacune des divi-sions françaises avait opéré son mouvement avec succès. Moreau, suivant lapromesse qu’il avait faite à Bonaparte d’éloigner les Autrichiens du lac deConstance et de les couper de leurs communications avec les Alpes , dirigeale corps du général Lecourbe sur Stokach, avec ordre de l’enlever; il se portalui-même avec la réserve sur Engen et prescrivit au général Saint-Cyr de sediriger sur la droite de cette position, de manière à donner, à la fois, la mainau corps de réserve et à celui de Sainte-Suzanne, qui allait déboucher par leVal-d’Enfer.
Le général Kray, qui commandait en chef l’armée autrichienne, déconcertépar ces mouvements rapides, fut un moment incertain sur le parti qu’il avaità prendre. Deux moyens s’offraient à lui pour arrêter l’armée française : il pou-vait ou s’appuyer aux Alpes ou défendre la vallée du Danube . En s’appuyantaux Alpes , il déjouait les projets de Moreau, qui étaient d’éloigner les ennemisdes Alpes helvétiques au moment où le premier consul allait ope rersa marcheàtravers le Saint-Bernard, mais il sacrifiait son aile droite trop engagée sur leRhin. En défendant la vallée du Danube , il se ralliait à son aile droite et dé-