ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 45
fendait le chemin direct des États de l’Autriche . C’est à ce dernier parti qu’ils’arrêta. Il résolut donc de se porter en toute hâte sur Stokach pour défendrecette ville ou tout au moins pour donner le temps d'évacuer les magasins del’armée qui s’y trouvaient. Ainsi, pendant que Moreau manœuvrait vers Sto-kach par Engen, Kray manœuvrait également sur ce point par la même route.Une rencontre était inévitable entre ces deux armées. Elle eut lieu le lende-main, 3 mai, à la droite des Français , c’est-à-dire à Stokach. Lecourbe abordasi vigoureusement le corps du prince de Lorraine , qu’en un clin d’œil ses12,000 hommes furent culbutés. 3,000 prisonniers, 500 chevaux, 8 pièces decanon, et la capture des immenses magasins de Stokach furent le trophée dece combat aussi brillant que rapide. Cependant le général Kray s’était portéà Engen avec son corps de bataille pour filer de làsur Stokach, où il espérait arri-ver à temps. Il trouva à Engen la réserve de Moreau. Il était midi. Le généralautrichien ignorait encore les événements de Stokach, il accepta la bataille quelui présentait son adversaire. Le bourg d’Engen, qui allait en devenir le théâ-tre, est situé dans la vallée de l’Aach , pays au sol tourmenté, coupé de ravins ettrès-boisé. Pour arriver à Engen il fautfranchirdes hauteurs d’un accès difficile.Ces hauteurs étaient occupées par les ennemis. Ils avaient donc l'avantage de laposition, car il fallait non-seulement les chasser de ces hauteurs, mais encorechasser de la vallée la nombreuse cavalerie autrichienne. Kray fit aussitôt cou-ronner tous les pics, mais il négligea de placer un corps suffisant sur celuid’Hohenhœwen, le plus élevé de tous. Moreau, habile à profiler des fautes dede son adversaire, résolut de s’en emparer. Il ordonna en conséquence à la divi-sion Delmas d’attaquercepic, aux divisions Bastoul et Lorges d’aborderlesautrespositions, et à ladivisionRichepanse de tourner parla gauche cette même posi-tion d’Hohenhœwen. Les divisions françaises se précipitèrent résolûinentsur l’en-nemi et, après de sanglants combats, parvinrent à s’emparer des hauteurs quidominent Engen. Il ne restait plus maintenant qu’à chasser les ennemis de laplaine; mais il y avait dans cette plaine 12,000 hommes de la meilleure cava-lerie, il y avait une artillerie nombreuse et une forte réserve de grenadiers.Richepanse, selon l’ordre qu’il avait reçu, s’était porté sur le derrière du picd’Hohenhœven, et s’était trouvé engagé dans une suite de vallons et de hau-teurs boisées qui avaient retardé sa marche, et enfin il avait trouvé les posi-tions qui environnent Engen fortement gardées. Néanmoins il avait engagé uncombat très-vif dont l'issue n’était pas facile à prévoir sans l'arrivée en ligne ducorps de Saint-Cyr, arrivée tardive qu’on a sévèrement reprochée à ce général,et qui faillit compromettre la division Richepanse et le sort de la bataille. Ce-pendant Moreau, qui entendait de l’autre côté du pic la vivacité du feu de sonlieutenant, jugeait que sa position devait être très-critique; il n’hésita pas àdescendre dans la plaine et à attaquer le poste où l’ennemi avait placé sesforces principales, afin d'attirer les Autrichiens sur leur gauche et de dégagerRichepanse. Un effroyable combat s’engage, mais la masse de cavalerie au-trichienne repousse tous les efforts des divisions françaises. Les généraux Bon-tèms et d’Hautpoult sont successivement engagés et ramenés avec perte. Mo-