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HISTOIRE DE L’ARMEE
généraux Sully, Sorbier, Duperroux et Dampierre suivent son exemple et ou-vrent eux-mêmes le passage aux troupes. Ces exemples de dévouement, d’ef-forts et de persévérance, ne sont point infructueux : les travailleurs se remettentà l’œuvre et l’armée arrive au sommet de la montagne, traverse la plaine etgagne le revers. Déjà elle descend la rampe étroite et rapide du Cardinel, quitourne treize fois sur elle-même. Ici encore nos soldats ont de nouvelles diffi-cultés à vaincre. La descente offre des horreurs d’une autre espèce : le sentiers’élargit mais il longe durant plusieurs heures des précipices de cinq à six centspieds à pic. Il fallut donc encore une fois, sur une étendue de cinq lieues, de-puis le village de Splugen jusqu’à celui d’Isola, au pied des dernières rampesdu Cardinel, ou déblayer les neiges pour retrouver le sol, ou les surmonter enles foulant. Les travaux et le courage le plus constant à braver tant d’obstaclesne peuvent garantir le succès de l’entreprise. Les variations de l’atmosphère,les vapeurs qui s’élèvent du fond des gouffres, la terrible tourmente toujourssoudaine, dérobent tout à coup les objets et détruisent en un instant les résul-tats des plus grands efforts. On quitte enfin le précipice pour passer vingt foissur de frêles ponts de bois le torrent profond de la Lira; enfin la première co-lonne atteint le Campo-Dolcino; deux autres colonnes, composées d’artillerie etde cavalerie, y arrivent les jours suivants; la quatrième et dernière colonne,commandée par Yandamme, y parvient à son tour, mais après avoir perdu unecentaine d’hommes. Le 6 décembre, l’armée tout entière est réunie à Campo-Dolcino; elle entrevoit un ciel plus doux et des plaines plus riantes, qui for-ment un contraste frappant avec les lieux qti ’011 vient de parcourir. Elle avaincu les éléments. Le souvenir de cette journée sera désormais immortel.Le respect des siècles et le génie des historiens consacreront un jour l’hé-roïsme de ces Français qui transportèrent ainsi leurs canons sur les rochers lesplus élevés des Alpes , bravèrent les abîmes et les tempêtes, semblables auxanges rebelles du poème de Milton, qui, transportant leur artillerie à travers lesgouffres de l’Enfer , l’élèvent sur les montagnes voisines du ciel!....
Celte marche prodigieuse avait conduit aux portes mêmes du Tyrol italienla majeure partie de l'armée des Grisons. Macdonald, arrivé dans la Valteline,chercha à se concerter avec le général Brune, et, selon le plan du premier con-sul, résolut de se porter aux sources du Mincio et de l’Adige et de couper ainsila ligne défensive des Autrichiens, qui s’étendait des Alpes à l’Adriatique . A ceteffet, il demanda à Brune deux divisions qui, en portant son armée à 21,000hommes, lui permettraient de marcher sur Trente et de tourner par les gorgesde la Brenta la droite de toutes les positions autrichiennes sur l’Adige . Brunene voulut pas se priver d’autant de troupes. Il n’approuva qu’en partie le pro-jet de Macdonald. Il consentit néanmoins à lui envoyer la division italienne deLecchi, avec laquelle Macdonald se réunit à Rocca d’Anfo, dans la vallée de laChiesa, après avoir vainement tenté de forcer le mont Tonnai, qui donne en-trée dans le Tyrol et dans la vallée de l’Adige !... Mais laissons Y armée des Gri-sons, dont les opérations ne sont plus que secondaires, pour nous occuper decelle d’Italie , que commandait le général Brune sur le Mincio.