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Tome troisième.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 95

qui gagna ceux qui survivaient, l’empêchèrent d’arriver au but que lui avaitproposé le premier consul. Accablé du chagrin de voir périr aussi misérable-ment ses compagnons d’armes, il fut atteint à son tour par le fléau, et mourutle 1 er novembre 1802. C’était un homme d’un rare mérite et dont le souvenirfut trop vite oublié. Napoléon , en apprenant sa mort, s’écria : J'ai perdu monbras droit! Cette parole est le plus bel éloge qu’on puisse faire de ce général.Dans la période de son commandement, l’armée avait perdu 2 généraux dedivision, 9 généraux de brigade, 1,500 officiers de tous grades, 750 officiersde santé, 25,000 soldats, 8,000 marins, 2,000 employés de l’administrationet 3,000 blancs venus de France . Sur ce nombre, la guerre en avait à peinefrappé 2,000.

Rochambeau succéda au général Leclerc. L’armée de Saint-Domingue étaitalors réduite à 3,000 hommes abattus et découragés; il fut forcé d’abandonnerl’île à l’armée de Dessaline. En 1804, il ramena en France les tristes débrisde cette armée qui était dans l’origine forte de 34,000 hommes et composéede bataillons d’élite. Jamais armée française n’avait éprouvé un pareij désas-tre, désastre qui fut le crime du climat dévorant du tropique, et auquel celuide Moscou devait plus tard faire un triste pendant.

Art militaire. — Les changements opérés dans l’art de la guerre pendant lapériode que nous venons de parcourir sont immenses; ils embrassent l'art mi-litaire dans tous ses développements. Les grandes guerres que la France eut àsoutenir sur tous les points de l’Europe à la fois, les masses énormes de com-battants engagés dans la lutte, le contact successif des armées françaises avectoutes les années du continent et même avec les troupes de l’Asie , le caractèreet le génie divers de chaque chef, et jusqu’à l’application du perfectionnementdes arts aux fureurs de la guerre, tout concourut à la révolution qui devaitporter si loin la science des grandes opérations et l'art d'utiliser et de mobi-liser les masses.

Toutefois, ainsi que nous l’avons déjà dit dans notre premier aperçu sur lesguerres de la révolution, les exercices et la tactique des différentes armessubirent peu de modifications : ils restèrent, à peu de chose près, ce qu’ilsétaient alors et ce qu’ils sont aujourd’hui, ainsi que l’attestent les dates de nosrèglements de manœuvres. Il en fut de même de l’art poliorcétique, qui n’apour ainsi dire pas changé depuis plus d’un demi-siècle. Notre système d’ar-tillerie seul subit une importante modification, par l’introduction de l'artil-lerie à cheval, dont nous avons déjà parlé.

Irrégulièrement organisées d’abord, assemblage bizarre de corps provi-soires, d’éléments hétérogènes, nos armées volent vers les frontières, et là,sous le feu de l’ennemi, au milieu des dangers d’une triple invasion, elles im-provisent tout un système de guerres (stratégie, tactique, organisation, admi-nistration), le système divisionnaire enfin, système remarquable dans sonensemble et dans ses développements.

Les volontaires nationaux, sans ordre, sans discipline, sans instruction, sejettent sur l’étranger comme les enfants perdus du xvi e siècle, et sous la pro-