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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉEiacle terrible. Au premier souffle de la brise du large, l’amiral Villaret s’avançasur l’Océan ; il entra dans la passe, ordonnant à tous les vaisseaux de le suivre.Les forts Picolet et Saint-Joseph étaient abandonnés, ainsi que la batterie del’arsenal; mais les forts Belair et Saint-Germain tiraient encore. L’escadregagna le mouillage sans tirer un seul coup de canon. Les vaisseaux le Patrioteet le Jean-Jacques Rousseau eurent l’ordre de faire feu sur les rebelles et debalayer le rivage des misérables qui, une torche à la main, incendiaient les ha-bitations de la petite anse. On prit aussitôt possession du fort Belair et de la pe-tite anse, et nos soldats s’empressèrent d’éteindre l’incendie qui dévorait laville. Mais cette ville n’était plus qu’un monceau de ruines : huit cents mai-sons avaient été dévorées par le feu; un grand nombre d’habitants avaient étéégorgés. L’incendie du Cap privait l’armée de grandes ressources; il fut unedes causes qui amenèrent l’issue désastreuse de cette expédition.

Le pavillon de la France flottait encore une fois sur la ville du Cap. Pendantce temps, le général Rochambeau s’emparait de Port-au-Prince, puis du fortDauphin . L’impétuosité avec laquelle nos soldats tombèrent sur les noirs futtelle, que le féroce Dessaline n’osa les attendre et n’eut pas le temps d’incen-dier cette ville. L’armée française s’était emparée des principales villes deSaint-Domingue , mais la conquête de l’île n’était pas achevée. Toussaint Lou-verture, qui avait donné ordre à ses lieutenants de tout détruire, villes et ha-bitants, villages et plantations, voulait réduire l’armée française à mourir defaim et de misère au milieu de ce climat funeste aux Européens. En attendant,il avait concentré ses forces dans les mornes. Le général Leclerc, homme ha-bile et énergique, avait deviné les intentions de son adversaire. Son premiersoin fut d’organiser l’armée, d’assurer le service des subsistances et des hôpi-taux, et de détacher du parti de Toussaint les principaux chefs noirs qui luiobéissaient. Il chercha même à gagner ce chef redoutable, mais il ne put d’a-bord y réussir. Il fallut le réduire par la force des armes; on y parvint, maisaprès plusieurs rencontres où il perdit une partie de son armée. A la fin, aban-donné de ses généraux et de ses principaux officiers, il consentit à faire sa sou-mission. Toussaint Louverture n’était pas l’ennemi le plus à craindre pourl’armée française de Saint-Domingue; elle eut à combattre un ennemi plusterrible, la fièvre jaune. Cette armée, si belle au début de l’expédition, com-posée en partie de vieux soldats du Rhin et d’Italie , c’est-à-dire d’hommesaventureux éprouvés sur vingt champs de bataille, périt presque toute de lamort sans gloire de l’hôpital. En moinsde trois mois, 15,000 hommes mouru-rent par les fièvres; l’hôpital du Cap était devenu un vaste tombeau. Toussaint,qui, du fond de sa retraite, n’avait jamais cessé de conspirer, se réjouissait dece désastre, et comptait, disait-il, sur son alliée la fièvre jaune pour vaincreles Français . Plusieurs lettres interceptées dévoilèrent une partie de ses pro-jets; il fut arrêté comme traître et emmené en France , où il mourut un anaprès d’ennui et de désespoir. Le général Leclerc, malgré tous les soins qu’ildonnait à la colonie, vit ses efforts demeurer infructueux. Les révoltes conti-nuelles des noirs, la mortalité qui régnait dans son armée, le découragement