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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
Une autre occupation nouvelle, pour les troupes, et qui ne manquait pasd’attrait pour elles par la nouveauté, était les manœuvres qu’on leur en-seignait à bord des chaloupes pour la guerre qu’on allait entreprendre. Pendantquinze jours, les soldats eurent grande peine à s'habituer à ce genre d'exercice,à cette vie nouvelle. Le bivouac leur semblait bien étroit et le sol mouvant;mais un des caractères du soldat français est au bout d’un certain temps, non-seulement de s’habituer à tout, mais de tout faire. Quinze jours ne s’étaientpas écoulés que chacun était fait à la mer.
Nous empruntons à ce sujet au bel ouvrage de M. Thiers , VHistoire du Con-sulat, les détails qui suivent et où le célèbre historien a fait preuve d’une véri-table érudition technique.
«On songea surtout à faire naître une complète intimité entre les marins etles soldats, par l’affectation des mêmes bâtiments aux mêmes troupes. La ca-pacité des chaloupes canonnières et des bateaux canonniers avait été calculée defaçon à pouvoir porter une compagnie d'infanterie outre quelques artilleurs.Ce fut là l’élément dont on se servit pour arrêter l’organisation générale de laflottille. Les bataillons se composaient alors de neuf compagnies; les demi-brigades, de deux bataillons de guerre, le troisième restant au dépôt. O11 dis-tribua les chaloupes et les bateaux canonniers conformément à cette composi-tion des troupes. Neuf chaloupes ou bateaux formaient une section et portaientneuf compagnies ou un bataillon. Deux sections formaient une division et por-taient une demi-brigade. Ainsi le bateau ou la chaloupe répondait à la com-pagnie, la section répondait au bataillon, la division à la demi-brigade. Desofficiers de mer d’un grade correspondant commandaient la chaloupe, lasection, la division. Pour arriver à une parfaite adhérence des troupes avec laflottille, chaque division fut affectée à une demi-brigade, chaque section à unbataillon, chaque chaloupe ou bateau à une compagnie ; et cette affectationune fois faite demeura invariable. Les troupes durent ainsi conserver toujoursles mêmes bâtiments et s’y attacher comme un cavalier s’attache à son cheval.Officiers de terre et de mer, soldats et matelots devaient, par ce moyen, arriverà se connaître, prendre confiance les uns dans les autres et en être plus dis-posés à s’entr’aider. Chaque compagnie dut fournir au bâtiment qui lui ap-partenait une garnison de vingt-cinq hommes toujours embarqués. Ces vingt-cinq hommes, formant le quart de la compagnie, restaient environ un mois àbord. Pendant ce temps, ils logeaient sur le bâtiment avec l’équipage, soit quele bâtiment se trouvât en mer pour manœuvrer, soit qu’il séjournât dans leport. Ils faisaient là tout ce que faisaient les matelots eux-mêmes, concou-raient aux basses manœuvres et s’exercaient surtout à manier la rame et à tirerle canon. Quand ils avaient été livrés à ce genre de vie pendant un mois, ilsétaient remplacés par vingt-cinq autres soldats de la même compagnie, quivenaient, pendant le même espace de temps, se livrer aux mêmes exercices demer. Successivement la compagnie tout entière faisait son stage à bord deschaloupes ou bateaux. Chaque homme était donc alternativement soldat deterre, soldat de mer, artilleur, fantassin, matelot, et même ouvrier du génie,