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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

En un mot, ces plages naguère désertes subirent une transformation com-plète. Les étrangers y accouraient en foule pour voir ce spectacle inouï. Bona-parte lui-même faisait de fréquentes visites à Boulogne . 11 passait une partiede son temps au milieu des soldats, tantôt achevai au milieu des manœuvres,tantôt à pied au milieu des travailleurs, dirigeant, encourageant, excitant toutle monde, officiers et ingénieurs, soldats et pionniers. Souvent aussi on l’aper-cevait du haut des falaises les yeux tournés vers l’Angleterre, contemplant cenid de vautours des mers qu’il aurait voulu étouffer (1). Quelquefois, embarquésur de légères péniches, il allait assister à de petits combats entre nos cha-loupes canonnières et les croisières anglaises, les poussant sur l’ennemi jus-qu’à ce qu’il eût fait reculer les corvettes et les frégates par le feu de nos frêlesbâtiments. Souvent il s’obstinait à braver la ruer, et une fois, ayant visité leslignes d’embossage malgré le plus gros temps, il échoua non loin du rivage enrentrant dans son canot. Heureusement les hommes avaient pied. Les matelotsse jetèrent à la mer et. formant un groupe serré pour résister aux vagues, leportèrent sur leurs épaules au milieu des flols brisant sur leurs têtes (2). Laprésence du premier consul et la pensée qu’ils allaient opérer un des événe-ments les plus prodigieux de l’histoire, une descente en Angleterre, inspiraientà tous l’émulation la plus extraordinaire. A côté de ces rudes travaux, il savaitfaire entrer des délassements utiles et agréables, qui formaient un contrasteétonnant avec l'ordre et la discipline sévères établis dans les camps. Le matin,c’étaient des manœuvres militaires ou des travaux de terrassement ; le soir,c’étaient des danses, des fêtes et des représentations théâtrales. Les meilleursacteurs de Paris y étaient convoqués et faisaient succéder aux chefs-d’œuvre desgrands maîtres des pièces de circonstance dont le but était d’exciter le patrio-tisme et le dévouement.

musant d’un oiseau connue d’une fleur. L'intrépide guerrier n'élait souvent là qu'un mo-deste écolier.

« A un déjeuner que le maréchal Davoust me donna à Ambleteuse , sous sa lente, de vieillesmoustaches, qui avaient appris des chansons de circonstance, vinrent, avec la timidité d’unejeune fille, les chanter autour de notre table. J’étais surprise de leur tenue emharrassée, de leurair gauche et craintif en chantant la descente en Angleterre; car le refrain de chaque coupletdisait :

Traverser le détroit,

Ce n’était pas la mer à boire.

Souvent du salon de l’empereur je voyais les soldats de la garde se rassembler sur la pelouse au-tour du château, l’un d’eux prendre un violon et donner des leçons de danse à ses camarades.Les commençants étudiaient les jetés et les assemblés avec la plus grande attention. Les plussavants exécutaient la contredanse entière. Cela m’amusait beaucoup. Je les regardais, placéeque j’étais derrière la jalousie. L’empereur, qui me surprenait quelquafois, riait avec moi del’innocent plaisir de ses grenadiers.»

(1) 11 écrivait à Cambacérès , le 16 novembre 1803 : «J’ai passé ces trois jours au milieu descamps et des ports. J’ai vu, des hauteurs d’Ambleteuse , les cèles d’Angleterre, comme on voitdes Tuileries le Calvaire. On distinguait les maisons et les mouvements. C'est un fossé qui serafranchi lorsqu'on aura l’audace de le tenter.»

(2) Thiers .