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HISTOIRE DE L’ARMEE
sance et de sa fête, pour cette imposante solennité. 80,000 hommes des campsde Boulogne et de Montreuil furent réunis sous les ordres du maréchal Soultpour assister à cette cérémonie splendide. Le lieu choisi pour la fête offraitl’aspect d’un théâtre antique, dont les gradins demi-circulaires étaient figuréspar des mouvements de terrains. Vingt colonnes d’infanterie de 60 hommesde front sur une hauteur indéterminée représentaient les spectateurs; lesintervalles des colonnes représentaient les vomitoires, et le sommet des col-lines, couronné par la cavalerie, les loges des théâtres anciens. L’espace con-servé vide était destiné à contenir les états-majors généraux et les drapeauxdes corps; plus en avant, des légionnaires qui devaient prêter le serment; aucentre, s’élevait le trône de l’empereur; à ses côtés étaient placées la gardeimpériale et sa musique.
Le trône était posé sur un tertre, tel que dans les camps romains on en éle-vait aux césars lorsque ceux-ci voulaient haranguer les soldats. Ce tertre seterminait en une plateforme carrée entourée d’étendards et de drapeaux sur-montés d’aigles d’or. Au centre, élevé sur deux gradins, le siège antique duroi Dagobert était adossé à un trophée d’armes composé de drapeaux, d’éten-dards et de guidons pris dans les batailles de Montenotte, de Lodi, d’Arcole, deRivoli, de Castiglione, des Pyramides, du Mont-Thabor, d’Aboukir et de Ma-rengo. Au milieu du trophée était l’armure en pied des électeurs du Hanovre ,et le tout était surmonté d’une immense couronne de laurier en or, sur laquelleflottaient les queues peintes en rouge des drapeaux pris aux lieys d'Égypte .
Les décorations qui devaient être distribuées aux légionnaires avaient étéplacées dans le casque de Du Guesclin et dans le bouclier de Bayard, portés pardes adjudants généraux et des colonels d’état-major.
Le 15 août, le camp de Boulogne se réveilla au bruit des fanfares de guerreet des roulements de tambours pour assister à cette solennité unique dans nosannales militaires. Le soleil était éclatant et radieux. A midi, toutes les troupesétaient sous les armes et rangées en colonnes, suivant le programme arrêté.L’empereur sortit de sa tente accompagné d'un cortège de généraux. Deuxmille tambours battirent au champ, et l’artillerie des forts et de la flotte fit re-tentir au loin les échos du rivage. Napoléon prit place sur le trône; les grandsdignitaires de l’empire étaient placés autour de lui dans un ordre imposant.Des colonels d’état-major vinrent lui apporter les décorations, et les légion-naires se rangèrent en colonnes devant les deux trophées de drapeaux et d’é-tendards conquis aux ennemis. Napoléon répéta la formule du serment quedevaient faire les membres de l’ordre nouveau. Ceux-ci s’écrièrent : Nous lejurons, et une immense acclamation du peuple et de l’armée accompagna ceserment. Puis les légionnaires s’approchèrent successivement du trône et re-çurent individuellement la décoration.
Au moment où la cérémonie finissait et où les colonnes s’ébranlaient pourdéfiler devant l’empereur, on signala tout à coup sur la mer une divisionde 50 voiles. C’était l’avant-garde de la flottille du Havre , que le capitaine Dau-gier conduisait dans le port. Heureuse conjoncture, qui semblait faire croire