146
HISTOIRE DE L’ARMÉE
nison et les habitants ont été passés au fil de l’épée, tant il est difficile, dans unpareil événement, d’arrêter l’ardeur du soldat, et en appelle à sa propre con-science, en lui demandant s’il croit pouvoir se défendre.
Le prince de Lichtenstein demande deux jours pour se décider, et, ces deuxjours accordés, rentre dans la place pour se consulter avec le gouverneur,le général Mack.
Les deux jours écoulés, c’est-à-dire le 17 octobre, le maréchal Berthier serend dans la place d’Ulm, et arrête, avec le feld-marécbal quartier-maîtregénéral Mack, la capitulation suivante, dont voici les deux premiers et princi-paux articles :
« La place d’Ulm sera remise à l’armée française avec tous ses magasins etson artillerie.
« La garnison sortira de la place avec tous les honneurs de la guerre, etaprès avoir défilé elle remettra ses armes. MM. les officiers seront renvoyés surparole en Autriche; les sous-officiers et soldats seront conduits en France , oùils resteront jusqu’à parfait échange. »
En conséquence de cette capitulation, le 28 octobre, à trois heures de l’après-midi, 18 généraux, 27,000 Autrichiens, 60 pièces de canon, défilèrent devantl’empereur et mirent bas les armes.
« J’avais remporté depuis dix ans bien des succès, dit Napoléon ; mais jamaisje n’avais joui d’un triomphe pareil à celui d’une armée entière défilant à mespieds, et déposant ses armes, ses drapeaux, ses canons. Placé sur une émi-nence qui domine la ville et tout le bassin du Danube , je pus contempler àmon aise ce spectacle qui me promettait désormais de si hautes destinées. »
Cette première campagne était terminée. Napoléon en félicita ainsi sonarmée :
« Soldats de la grande armée ,
« En quinze jours nous avons fait une campagne; ce que nous nous propo-sions de faire est rempli : nous avons chassé de la Bavière les troupes de lamaison d'Autriche et rétabli notre allié dans la souveraineté de ses états.
« Cette armée qui, avec autant d’ostentation que d'imprudence, était venuese placer sur nos frontières, est anéantie.
a Mais qu’importe à l’Angleterre! son but est rempli : nous ne sommes plusà Boulogne , et son subside ne sera ni plus ni moins grand.
a De 100,000 hommes qui composaient cette armée, 60,000 sont prisonniers.Ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de la campagne.
a Deux cents pièces de canon, tout le parc, quatre-vingt-dix drapeaux, tousleurs généraux sont en notre pouvoir : il ne s’est pas échappé de cette armée15,000 hommes.
« Soldats! je vous avais annoncé une grande bataille; mais, grâce aux mau-vaises combinaisons de l'ennemi, j’ai pu obtenir les mêmes succès sans couriraucune chance; et, ce qui est sans exemple dans l’histoire des nations, un sigrand résultat ne nous affaiblit pas de plus de 1,500 hommes hors de combat.