148 HISTOIRE DE L’ARMÉE
Léoben, afin d’y donner au besoin la main à Masséna. Davoust occupa Saint-Polten. Bernadolte fut rappelé de Salzbourg, et Mortier , avec deux divisions,manœuvra sur la rive gauche du Danube, (pie Napoléon avait négligée jus-qu'alors. En même temps il créa une üottille chargée de vivres et de muni-tions et qui liait les deux armées.
C’est ainsi que le conquérant le plus audacieux avançait avec précaution surVienne. A Amstetlen, les Russes, qui se retiraient à mesure que les Français avançaient, livrèrent un combat d’arrière-garde pour sauver leurs bagages.Quelques régiments de dragons et les grenadiers d’Oudinot les culbutèrentaprès une rude mêlée. A Saint-Polten, l'armée russe tout entière s’était rangéeen ordre de bataille; mais elle se retira bientôt, et, traversant le Danube àKrems , ils laissèrent libre la route de Vienne. Murat, impatient d’y entrer lepremier, partit au galop de sa cavalerie et ne s’arrêta qu’à deux lieues deVienne . Cependant le passage de l’armée russe sur la rive gauche avait com-promis le corps de Mortier. Kutusow , s’étant aperçu de l’existence de ce corpsisolé, résolut de l’accabler.
Mortier , entraîné par le mouvement imprudent de Murat, avait laissé l’inter-valle d’une marche entre la division Gazan, qu’il avait avec lui, et les divi-sions Dupont et Dumonceau qui devaient le rejoindre. Pour comble de fatalité,la flottille était restée en arrière.
Le 11 novembre, Mortier venait de franchir Dirnstein, lorsqu’il rencontral’avant-garde russe. Croyant n’avoir affaire qu’à un faible rideau qui masquaitla retraite de Kutusow , il prend l'offensive sans attendre l’arrivée de Dupont,pousse l’ennemi jusqu’aux portes de Stein, et lui fait des prisonniers. Ce succèsfaillit causer la ruine de sa division; car, tandis qu’il s’éloignait de plus enplus de ses communications, une colonne de 10,000 Russes , descendant deshauteurs de Dirnstein, lui fermait le défilé, et Kutusow venait d’envoyer denouvelles réserves au corps que Mortier avait devant lui. Dans cette position,il n’v avait pour le maréchal d’autre alternative que de s’ouvrir un passage àla baïonnette ou de mourir. Mortier n’hésite pas. Il fond à la baïonnette surles Russes , mais ceux-ci sont inébranlables. Le carnage est affreux. La di-vision française, à moitié détruite, n’a plus de munitions, et déjà la nuit couvrede ses ombres cet affreux champ de bataille. Heureusement Dupont arrive àson secours, et se précipite si résolument sur les ennemis qu’il les culbute. Envoyant leurs libérateurs, les grenadiers de la division Gazan se jettent dans lesbras des soldats de la division Dupont, en leur disant : Braves camarades !nous vous devons la vie ! Cette scène se passait au pied de la tour où RichardCœur-de-Lion fut retenu prisonnier.
En ce moment la flottille ayant rejoint, Mortier passa sur la rive droite avecson corps d’armée. Napoléon s’avançait vers Vienne . Celte capitale n’avait ja-mais été prise par une armée européenne . Les Turcs seuls s’étaient approchésde son enceinte, mais, grâce à Sobieski, ils ne l’avaient pas franchie. Napoléon devait, le premier, faire tomber ce prestige d’inviolabilité. Bâtie dans le superbebassin du Danube, Vienne est une des plus grandes villes de l’Europe . C’est,