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HISTOIRE DE L’ARMÉE
rimentés et plus confiants dans le succès; il savait aussi que les officiers decette nation manœuvraient mieux et avec plus d’audace; mais il comptait surla bravoure de nos marins. Aussi, dans les ordres qu’il donna, se borna-t-ilà adresser à ses capitaines les instructions suivantes : « On ne doit pas atten-dre les signaux de l’amiral, qui, danslaconfusion d'une bataillenavale,ne peutsouvent ni voir ce qui se passe, ni donner des ordres, ni surtout les faire par-venir. Chacun ne doit écouter que la voix de l’honneur et se porter au plusfort du danger. Tout capitaine est à son poste s’il est au feu! »
Villeneuve mita la voile le 19 octobre; le 2t,lesdcuxflottes se rencontrèrentà la hauteur du cap de Trafalgar, un peu au sud-ouest de Cadix . L’action futchaudement engagée, et plusieurs capitaines de vaisseau firent des prodigesde valeur; mais l’amiral français n’était pas de force à lutter avec un adver-saire comme Nelson. 11 se borna à suivre les vieux errements du déploiementen ordre parallèle, comme l’avait fait Brueys à Aboukir , et il eut le mêmesort. Nelson, plus habile, saisit l’avantage du vent de nord-ouest qui soufflait,se forma en deux colonnes, et, suivant sa manœuvre usuelle, coupa le centredelà ligne française avec 14 vaisseaux, qui le séparèrent de la droite, tandisque 13 autres accablaœnt la gauche en la prolongeant successivement danstoute sa longueur. Cette manœuvre eut un plein succès. Les vaisseaux fran-çais , coupés d’abord, puis successivement écrasés, furent presque tous prisou désemparés. La défaite était complète, mais du moins elle avait été glo-rieusement compensée. Les vaisseaux anglais avaient mieux manœuvré, maisils ne s’étaient pas battus avec plus de courage et de dévouement. Quelques-uns de nos officiers s’étaient couverts d’une gloire immortelle. L’amiral Ville-neuve, si malheureux dans cette journée, n’eut pas même le cruel honneurde mourir à son poste de combat. Il fut forcé d’amener son pavillon après cinqheures des plus héroïques efforts. Le vaisseau amiral qu’il montait, le Bucen-taure, privé de sa mâture, criblé de boulets, ayant le flanc droit déchiré etrasé comme un ponton, avait perdu presque tout son équipage et ne pouvaitplus même se servir de ses batteries. Villeneuve espérait encore échapper à lacaptivité et continuer la lutte sur un autre vaisseau, mais il avait perdu tousses canots par la chute de la mâture. L’infortuné amiral se rendit à la der-nière extrémité. Nelson, du moins, ne jouit pas de son triomphe, il fut frappéà mort par une balle partie des hunes du Redoutable, et qui, l’ayant atteint àl’épaule gauche, vint se fixer dans les reins. Ployant sur ses genoux, il tombasur le pont cherchant à se soutenir sur l’une de ses mains. En tombant il dit :Je suis frappé à mort, les Français en ont fini avec moi ! et il s’évanouit. On l’em-porta; tous les secours de l’art furent inutiles. Il mourut peu de temps après.Cet homme célèbre, que nous devons haïr et admirer, recouvrant un instantses esprits avant de mourir, s’informa des nouvelles de la bataille, et expiraen donnant des ordres pour la fin de la journée.
En somme nous avions perdu 16 vaisseaux près de Trafalgar; quatre au-tres, sous les ordres de l’amiral Dumanoir , s’étaient échappés, mais ils furentpris plus tard près de Rochefort par une croisière anglaise . Les débris de l’es-