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HISTOIRE DE L’ARMÉE
au fond du champ de bataille. U restait sur ce point une réserve d’artillerie. Lesgénéraux ennemis la font mettre en batterie et ordonnent d’ouvrir le feu sur lamasse qui combat encore, Français et Russes , afin de se débarrasser de ces re-doutables cavaliers. Le général d’Hautpoult, qui a le plus contribué au succè sde cette charge étonnante de cavalerie, le général d’Hautpoult est tué. La secondeligne de l’armée ennemie est sabrée à son tour, et nos cavaliers parcourent entout sens et au galop le champ de bataille jonché de cadavres.
Pendant cette mêlée une colonne de 4,000 Russes , détachée de la massed’infanterie qu’on vient de renverser, se dirige au hasard vers le cimetièred’Eylau où était Napoléon . Un bataillon de la garde impériale marche à sa ren-contre. On ordonne aux grenadiers de tirer, ils refusent et donnent pourmotif qu’ils ne savent charger qu’à la baïonnette. Murat, qui a vu cet engage-ment, lance sur les Russes deux régiments de chasseurs. Pris entre les baïon-nettes de nos grenadiers et les sabres de nos chasseurs, ils sont presquetous pris ou tués sous les yeux de Napoléon . Mais la journée n’était pointfinie. Les Russes tenaient encore à la droite, et le corps prussien de Lestocqpouvait déboucher d’un moment à l’autre. 11 aurait fallu une réserve d’in-fanterie pour compléter la victoire, et Napoléon n’en avait pas. Il craignaitd’engager le corps du maréchal Soult, déjà si éprouvé à la prise et à la dé-fense d’Eylau. Il attendit donc que le mouvement de Davoust fût plus pro-noncé et plus décisif. Cet habile et intrépide officier avait, lui aussi, vigoureu-sement combattu à Klein-Saussgarten contre la gauche des Russes , et après desefforts héroïques et secondé par la divi^on Saint-Hilaire, il avait fini parchasser les ennemis de cette position; la bataille était gagnée; mais l’arrivéedes 8,000 hommes du général prussien Lestocq, suivi à deux heures de dis-tance par le maréchal Ney, avait remis le succès en question sur ce point etrepoussé les Français en arrière de Kuschitten. Les Russes s’étaient ralliés à cenoyau de troupes et avaient engagé une nouvelle action non moins vive que lespremières. Davoust accourt, il communique à ses soldats l’élan qui l’anime et,passant au galop sur le front des régiments, il crie à haute voix : Les lâchesiront mourir en Sibérie ; les braves mourront ici en gens d’honneur ! Prussiens etRusses sont arrêtés et font de vains efforts pour vaincre la résistance de nosintrépides soldats. Ils ne peuvent y parvenir, et ne cessent de combattre qu’avecla nuit, qui s'étend froide et sombre sur cet horrible champ de carnage. Lamoitié de l’armée russe était hors de combat. Cependant Beningsen délibéraits’il fallait tenter un dernier effort, quand on lui annonça l’arrivée du maré-chal Ney sur son flanc droit. Aussitôt il donna le signal de la retraite. Napo-léon s’en aperçut à la direction des feux des maréchaux Davoust et Ney. Lavictoire lui appartenait, mais elle avait été cruellement achetée; jamais il n’enavait livré de si ardemment disputée, et il craignait de voir se renouveler, lelendemain, les scènes horribles d’Eylau et de trouver Pultawa dans la Polo-gne . Il défendit à ses soldats de quitter leurs positions et ordonna qu’on allumâtles feux du bivouac. On n’osait point encore compter les vides faits dans lesrangs. Cependant, à l’appel du tambour, chaque corps se réunit autour de son