ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 203
et moins vigilant que Napoléon ; mais avec un tel capitaine il devait amenerla ruine inévitable de l’armée russe.
Le corps du maréchal Ney était le plus avancé. Beningsen résolut de l’en-lever. Le A juin, l’armée russe se mit en mouvement et attaqua sur trois pointsà la fois. Si les Russes avaient agi avec vigueur, ils pouvaient prévenir Ney sur la route de Gustadt à Deppen, et dès lors rendre sa perte infaillible. Maisheureusement les Russes manœuvraient lentement et donnaient à l’intré-pide maréchal le temps de se dégager et de se retirer de Gustadt à Aukendorff.Le même jour, Soult avait été attaqué au pont de Leomiten et Bernadotte àcelui de Spanden. Le 6, les ennemis se portèrent, avec trois colonnes, sur lemaréchal Ney qui continuait à se replier vers Deppen, et qui dans cette re-traite déploya une fermeté qui le couvrit de gloire. Le 7, les ennemis s’étaientarrêtés en face de Deppen. En ce moment le corps de Lannes, la garde, la ré-serve de cavalerie et l’empereur lui-même viennent de rejoindre le maréchalNey. Mortier, de son côté, arrivait sur ce point à marches forcées, venant deMohrungen, et tous les autres corps de l’armée française, à l’exception decelui du maréchal Masséna, étaient à portée d’entrer en ligne et de se soutenirmutuellement. Soult reçoit l’ordre de franchir la Passarge à Wolsdorf, afin deforcer l’ennemi à abandonner sans combat les rives de ce fleuve en menaçantses communications avec Heilsberg. Ce mouvement obtient un plein succès.Les Russes se retirent sur Gustadt, poursuivis par la cavalerie de Murat, qui lesdéloge de cette ville et s’y établit. Soult continue son mouvement avancé àAllkirch et Davoust à Ostérode.
Ainsi il n’y avait pas eu de bataille, et déjà les rôles étaient changés. L’arméerusse, refoulée de tous côtés, s’était retirée, en longeant la rive droite del’Aile, sur la petite ville d’Heilsberg, que Beningsen avait fait fortifier dans lesprévisions d’une retraite. Arrivée là, elle attendit.
L’armée française ne tarda pas à paraître : le 10 juin, vers midi, Murat, àla tête de sa cavalerie, atteignit l’arrière-garde russe aux ordres du princeBagration . L’impétueux cavalier fondit sur elle tête baissée et la poursuivitdans la direction d’Heilsberg, et, emporté par son élan, arriva bientôt en pré-sence de toute l’armée russe. Murat s’arrêta un moment; la ville d’Heilsberg,où les ennemis s’étaient retranchés, était hérissée de redoutes. La rive droitede l’Aile surtout, qui circule entre les hauteurs, en était couverte. Les feuxde ces redoutes se croisaient avec ceux de la rive gauche, où était le grosde l’armée russe; en sorte que, pour arriver jusqu’à Heilsberg, les Français avaient à essuyer en flanc le feu de la rive droite, de front le feu de la rivegauche et les attaques de toute l’armée ennemie.
Murat, entraîné par l’ardeur du succès, n’hésita pas à donner le signalde l’attaque. Il forma promptement toute sa cavalerie : c’étaient la divi-sion de cuirassiers du général Espagne , la division de dragons du généralVictor de Latour-Maubourg, et les brigades de cavalerie légère, à la tête des-quelles il chargeait d’ordinaire. Derrière elles mrrehaient les trois divisionsd’infanterie Saint-Hilaire, Laval et Legrand. Il ordonna aux deux premières de