Band 
Tome troisième.
Seite
204
JPEG-Download
 

204

HISTOIRE DE L’ARMÉE

marcher sur la droite et d’aborder l’ennemi à la baïonnette; à la troisième, des’emparer d’un bois dont l’occupation était nécessaire pour appuyer la gauchede sa cavalerie; puis, après avoir suivi des yeux les différents mouvements, ilchargea le centre, et la bataille se trouva engagée. Napoléon , qui n’avait pu setrouver à temps pour arrêter l’ardeur du chef de sa cavalerie, arriva à deuxheures sur une hauteur d’où il dominait tout le champ de bataille. Il vit30,000 de ses soldats engagés à découvert contre 90,000 Russes bien retran-chés. C’était une imprudence extrême. En ce moment, la division Legrand ve-nait de s’emparer du petit bois, but de son mouvement, après un combatacharné. La division Saint-IIilaire s’était portée, sous une pluie de feu, jus-qu’aux palissades de l’ennemi, et là elle tenait de son mieux sans reculerd’un pas, mais aussi sans avancer. Quant à Murat, il en était à sa troisièmecharge de cavalerie. Tous ses régiments faisaient merveille; le 0 e cuirassierssurtout s’était surpassé; il venait d’exécuter une charge si brillante, que Mu-rat mit son cheval au galop, au milieu des balles et des boulets, pou r aller leurporter lui-même ses félicitations. Il trouva le colonel Davenav tenant à la mainson sabre tout dégouttant de sang et lui en fit des éloges. « Mon prince, répon-dit Davenay, passez la revue de mon régiment, et vous ne trouverez pas unseul cuirassier dont le sabre ne soit aussi rouge que le mien. » Napoléon ,après avoir jugé l’état de la bataille, envoya le régiment des fusiliers de lagarde, conduits par Savary, son aide-de-camp, pour appuyer les divisionsSaint-IIilaire et Legrand. Il arriva au pas de course et prit position entre cesdeux divisions, et là, après avoir essuyé un feu d’artillerie épouvantable, ijrésista encore à toutes les charges de la cavalerie. Le brave général Roussel,qui commandait les fusiliers, eut la tête emportée par un boulet de canon.L’action se prolongea fort avant dans la nuit. Le maréchal Lannes, qui arri-vait à l’extrême droite, voyant qu'il avait affaire à toutes les forces russes,n’osa s’engager sans les ordres de Napoléon . Enfin, à neuf heures du soir, lacanonnade cessa de part et d’autre, et nos soldats se couchèrent sur le champde bataille, où près de 18,000 Russes et Français étaient tombés morts ou mu-tilés.

Napoléon , arrivé trop tard pour empêcher cette action ou pour la rendredécisive, résolut de livrer une grande bataille le lendemain, si les Russes osaient l'attendre. Mais Eeningsen n’en jugea pas ainsi, il se retira sur Bar-tenstein. Le soir même de celte journée, l'armée française entra dans Ileils-berg.

Napoléon persistait dans son dessein de séparer les Russes de Kœnigsberg . Illança à leur poursuite la division de dragons de Latour-Maubourg et les bri-gades de cavalerie légère de Durosnel et Walhier, tandis que les divisions Ney,Soult, Davoust, Lannes , Mortier et le reste de la cavalerie marchaient dans ladirection d’Eylau. Le i2, Napoléon porta son quartier général à Eylau. Cen’était plus cette plaine couverte de neige et tachée du sang de 40,000 hommes,dont l'aspect triste et sombre était encore présent à l'esprit de tous les soldats.C’était le plus joli pays du monde, entrecoupé de bois, de lacs, et peuplé de