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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

cer les lanciers polonais de la garde, et ordonna au général Montbrun d’enle-ver à leur tête les batteries espagnoles. Ces braves soldats partent au galop encolonne, mais le feu terrible des batteries ennemies arrête le premier esca-dron ; il hésite ; les autres arrivent à la suite, s’élancent à bride abattue, gra-vissent la montagne sous une pluie de balles et de mitraille, renversent tout cequi s’oppose à leur élan, enlèvent les canons, précipitent dans les ravins l’in-fanterie espagnole, et par cette charge, la plus audacieuse dont la cavalerie aitdonné l’exemple, ils enlèvent une position regardée comme inexpugnable, etouvrent à l’armée la route de Madrid .

Charge brillante s’il en fut, disait Napoléon dans le dixième bulletin del’armée d’Espagne , où les lanciers polonais se sont couverts de gloire et ontmontré qu’ils étaient dignes de faire partie de la garde impériale : canons,drapeaux, fusils, soldats, tout fut enlevé, coupé ou pris.

Dix jours avaient suffi à l’empereur pour s’emparer de tout le nord del’Espagne, et s’avancer jusqu’aux portes de Madrid .

Après le passage de la Somo-Sierra, Napoléon marcha sur Madrid .

De Somo-Siera jusqu’à Madrid la route fut belle et paisible; vingt-quatrelieues furent parcourues sans combat, ce qui était une chose étrange dans lenouveau pays où l’on faisait la guerre. L’ennemi s’était réfugié dans la capi-tale; villages, maisons, faubourgs avaient été rapidement mis en état de dé-fense. A l’intérieur de la ville et sur les points menacés, couvents, hôtels, placeset mes avaient été transformés en forteresses. Les religieux de tous les ordress’étaient armés du mousquet, et, par une singulière alliance, les filles publi-ques de la ville s’étaient organisées en légions mobiles, pour transporter desvivres et des munitions aux soldats, aux bourgeois et aux moines, qui atten-daient sur la défensive l’armée française.

Le 3décembre 1808, Madrid fut attaquée. Cinquante pièces de canon, diri-,gées par le général Lauriston, eurent bientôt renversé les murailles du Retiro,hérissées de fortifications et d’habiles tireurs. Retranchés derrière les barri-cades, faisant feu de toutes les fenêtres, les Espagnols , les meilleurs soldats dumonde pour cette guerre d’embuscade, ne reculaient que pas à pas ; il fallaitemployer leur tactique, et n’avancer qu’à l’abri des maisons que l’on prenaitet qui aidaient à en prendre d’autres.

2,700 hommes à peu près avaient été chargés de la défense du couvent desRécollets, de l’hôtel inachevé du prince de la Paix, et du beau palais des princesde Médina-Cœli; on se battit dans l’intérieur des galeries; chaque appartementfut pris à la baïonnette; mais tout demeura aux Français , et tous les pointsdéfendus furent successivement enlevés. Le palais du duc de Médina-Cœli,surtout, soutint un siège en règle ; on se battit de chambre en chambre ; lessalles de réception étaient couvertes de cadavres; l’acharnement était tel, queles blessés des deux nations se traînaient sur le carreau, se cherchant encoreet se poignardant à l’arme blanche.

Un plan d’attaque générale avait été résolu, qui devait succéder aux attaquespartielles. L’heure était venue de se conformer à ce grand mouvement ; aussi