le général Labruyère, qui commandait la brigade d’avant-garde, arrêta l’élande ses troupes sur l’avenue des Récollets. Cependant ce général, qui le matinmême avait reçu quelques reproches de l’empereur à propos de dispositionsinhabiles qu’il avait prises dans les Asturies , voulait absolument, par une vic-toire complète, faire oublier ces reproches à Napoléon .
Au sommet de la grande rue d’Alcala, les Espagnols avaient établi une bat-terie de dix pièces de canon pour répondre à une batterie française qui, aprèsavoir enfoncé les grilles de la porte d’Alcala, avait été établie devant cetteporte. Le feu était si vigoureusement nourri sur ce point, que la mitraille ba-layait toute la largeur de la rue ; quant aux rues environnantes, elles étaientcoupées de barricades et chaque place garnie de troupes. Il était donc inutilede tenter ce chemin.
Tout à coup le général Labruyère donne l’ordre à 50 voltigeurs de s’em-parer de cette batterie de dix pièces de canon, et lui-même s’élance à leurtête. Les reproches de l’empereur lui pesaient sur le cœur. Au bout devingt pas, 20 hommes étaient déjà tombés ; 30 voltigeurs, seuls debout, conti-nuaient de s’avancer, et, esclaves de la discipline, allaient se faire tuer jusqu’audernier, lorsque le général Labruyère fut blessé à mort; c’est ce qu’il avaitcherché toute la journée.
Dans la nuit du 3 au 4 décembre, la capitulation de Madrid fut signée, et Na-poléon fit son entrée dans cette capitale. De là, il donna une nouvelle directionaux troupes; ces différents corps d’armée, s’éloignant comme autant de rayonsdont Madrid était le centre, se mirent en marche pour la Galice, l’Andalousie et Valence .
Les Anglais espéraient surprendre Burgos et s’avançaient en force sur cepoint, conduits par le général Moore. Napoléon , résolu de se débarrasser parun coup énergique de ce général, plus à craindre pour lui sur ses derrières quetoutes ces nuées d’Espagnols , plutôt tirailleurs que bons soldats en bataillerangée, marcha de sa personne contre lui. Le passage de la Guadarama, quino peut se comparer qu’à celui du Splugen et qui peut-être est plus difficileencore à franchir, préserva seul, en retardant les manœuvres do l’empereur eten permettant que Moore fût prévenu du danger qui le menaçait, l’arméeanglaise d’une entière destruction.
Ce fut pendant cette marche que Napoléon reçut des nouvelles de France :une nouvelle guerre avec l’Autriche le rappelait à Paris . Il quitta aussitôtl’Espagne pour marcher sur Vienne, en passant par Eckmül et Ratisbonne .Quinze jours après, il recevait à Paris les félicitations des grands corps del'État.
Napoléon avait laissé au maréchal Soult le soin de chasser les Anglais delàPéninsule . Cette mission convenait surtout à l’habile stratégiste qui en étaitchargé. Aussi se mit-il en marche à l’instant même, poussant avec vigueurdevant lui l’ennemi déjà ébranlé, comme nous l’avons dit, par la seule pré-sence de Napoléon .
Le duc de Dalmatie se porta d’abord vers Calcabellos, ville située sur le