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Tome troisième.
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234 HISTOIRE DE L’ARMEE

sans cesse leur arrière-garde, ils marchaient, de plus, sur une route et à tra-vers un pays déjà dévasté.

Mais le général Moore, en voyant les dispositions de l’habile stratégiste au-quel il avait aflàire, avait jugé qu’il était perdu s’il ne continuait pas son mou-vement rétrograde; d’ailleurs son intention n’avait jamais été d’engager uncombat sérieux, mais seulement de donner un peu de repos à ses troupes et derétablir quelque ordre dans sa retraite. Pendant ces deux jours, il avait doncréorganisé tant bien que mal son armée : aussi le 8, à neuf heures du soir,ayant ordonné aux soldats de prendre les armes, il lit mettre à l’ordre quel’armée se retirait sur la Corogne , et devait se rappeler toute sa constancepour effectuer cette marche, et, comme l’ordre était donné à l’arrière-garde dene point s’arrêter, il prévenait les traînards qu’ils seraient indubitablementmassacrés par les Français .

Cet ordre du jour publié, l’armée anglaise se mit en marche après avoir eule soin d’alimenter ses feux d’assez de bois pour qu’ils brûlassent toute la nuit.

Les Français , comme l’avait prévu le général, furent dupes de ces feux sibien entretenus pendant l’obscurité. Le lendemain, à quatre heures du matin,l’armée tout entière était sous les armes; mais elle n’avait plus d’ennemis àcombattre : l’ennemi avait dix heures de marche sur elle.

On entra dans Lugo; on y trouva quinze pièces de canon que les Anglais n’avaient pu emmener, et 400 chevaux qu'ils avaient tués sur le glacis. Lemaréchal Soult se mit aussitôt à la poursuite des fuyards.

Le 11 janvier, l’avant-garde anglaise aperçut les murs de la Corogne ; le mômejour, le reste de l’armée arrivait sous la protection de cette place. Depuis satentative sur Burgos , le général Moore avait perdu dans sa retraite 8 à 10,000hommes, 6,000 chevaux, son artillerie, ses magasins, ses équipages et lacaisse de l’armée.

La Corogne présentait enfin aux Anglais le terme de leurs fatigues, et leuroffrait un lieu d’embarquement sûr : mais comme on avait cru que la retraites’effectuerait sur un autre point, les vaisseaux avaient fait voile pour Yigo, etleur retour, pour lequel le général Moore avait aussitôt envoyé des courriers,pouvait être retardé par les vents contraires. Sir John Moore fit donc immédia-tement exécuter de nouveaux ouvrages pour augmenter les moyens de défensede la place. La résistance, au reste, était d’autant plus facile que, vu la diffi-culté des chemins, les Français étaient dépourvus de toute grosse artillerie.

En arrivant, le 12, à Castroburgo, les Français trouvèrent pour premierobstacle le pont rompu ; ce pont ne put être rétabli que le 14. Le maréchal y fitaussitôt passer l’infanterie et l’artillerie, qui vinrent prendre position en facede l'armée anglaise, laquelle se trouvait occuper la chaîne inférieure des mon-tagnes de là Corogne, tandis que l’armée française occupait les hauteurs. Ainsidisposée, l’armée française présentait un grand cercle qui débordait de chaquecôté les ailes ennemies, la division Laborde formant la droite, la divisionMermet formant la gauche, et la division Merle tenant le centre. A mi-che-min des deux armées tait le village d’Elvina, occupé par les piquets anglais ,