300
HISTOIRE DE L’ARMÉEinférieurs de la société, furent désignés par la profession qu’ils y exerçaient,tels que el cocinero, le cuisinier ; el medico, le médecin ; el capucino, le capucin ;el jmtor, le pasteur; ou par quelque trait caractéristique, comm e el empeci-nado, l’empoissé, surnom de Juan Martin ; el abuelo , le grand-père ; el marque-silo, le marquis (de Porlier), etc. »
La guerre que les troupes françaises eurent à faire en Andalousie aux insur-gés qui appuyaient les troupes régulières de Blakeet de Ballesteros, présentaitdes circonstances assez intéressantes et des incidents curieux. M. Ed. Lapène,dans sa Relation de la conquête d’Andalousie en 1810 et 1811, en fait le tableausuivant :
« Quant aux incidents qui imprimaient un caractère entièrement distinct ànos incursions dans les hautes chaînes de l’Estramadure, de Jaen et de Gre-nade, au témoin oculaire seul appartient d’en produire les détails, toujourssinguliers, quelquefois déplorables.
» Si une colonne quitte la plaine et pénètre dans les montagnes, le cheminne devient plus qu’un étroit sentier, parfois attaché aux contours sinueux d’untorrent, parfois dirigé vers le sommet de montagnes à pic. Souvent la trace dece chemin disparaît en entier, et le soldat ne rencontre sur son passage quedes espèces de degrés grossièrement taillés dans le roc moins par la main deshommes que par le travail de la nature, qu’il doit gravir ou descendre avecpeine, s’aidant de ses mains et de ses armes, au risque, au moindre faux pas,de rouler dans un abîme. Dès lors plus d’ordre dans la colonne, dont les hommescontraints de marcher isolés ou séparés par de longs intervalles, arrivent augîte avec la tête de la troupe, tandis que la gauche quitte à peine le gîteprécédent.
» Quelquefois des soldats cheminant sur les flancs d’une même hauteur,assez rapprochés à vol d'oiseau d’autres soldats pour en être entendus, n’at-teignent cependant, à leur grande surprise, les points où ceux-ci ont été vusqu’après plusieurs heures de marche le long des contours sinueux de lamontagne.
» Malheur à une colonne surprise en cet état de division par l’ennemi em-busqué au passage du défilé 1 Posté d’avance, et sûr de son tir, l’Espagnol , parun raffinement de cruauté, désignait à haute voix la victime qu’il voulait at-teindre. « A l’officier, au sergent ! » s’écriait-il avec une ironie barbare. Lecoup partait, et l’officier ou le sergent, tombant blessé à mort, justifiait tropsouvent l’adresse perfide du féroce montagnard.
» Il n’était pas rare que les privations vinssent encore nous assiéger au mi-lieu de cette guerre aussi périlleuse que fatigante : la privation de l'eau étaitla plus cruelle. Après plusieurs heures d’une pénible route, une source, laseule qui existât sur ce point, était signalée par le guide de la colonne, maisencore à une distance éloignée : quelques soldats, hors d’espoir de l’atteindre,s’arrêtaient, sentant leurs forces défaillir. Il en périssait sous nos yeux de fati-gue, de chaleur et de soif.
» Quelquefois, au milieu d’un beau jour, le soleil se couvrait tout à coup