ET DE TOUS LES REGIMENTS . 301
d’cpais nuages; des torrents de pluie inondent bientôt le soldat, pénètrent sesvêtements, paralysent ses armes. Point d’abri, point de bivouac à établir dansces montagnes où la nature marâtre ne présente souvent aucune trace de cul-ture et d’habitation. Obligée, au milieu de ces averses, de poursuivre sa route,la colonne trouve son chemin subitement barré par un ruisseau dont à peineon a soupçonné l’existence, et qui, passé à pied sec dans l’expédition précé-dente, est tout à coup devenu un torrent profond et débordé. Plusieurs heuresd’une pénible attente s’écoulent alors pour que la baisse des eaux permette dele franchir sans danger. Le gîte, qui jusque-là s’est dérobé à nos regards, pa-rait enfin : tantôt il est sous nos pas, enfoncé dans une vallée profonde ; tantôtl’œil étonné l’aperçoit comme attaché sur le revers rocailleux de sommetsescarpés.
» A l’époque des premières incursions, la plupart des villages étaient aban-donnés par leurs habitants, pleins de l’idée que les mœurs, le caractère, lafigure même des Français offraient quelque chose d’effrayant et de surnaturel.Ces assertions, avancées par les chefs des guérillas, pour forcer la populationà fuir notre présence, furent d’abord, malgré leur absurdité, accueillies despeuples montagnards d’Estramadure et d’Andalousie , qui peuvent, sans con-tredit, passer pour les moins éclairés de l’Europe .
» Les villages, dans les incursions suivantes, avaient leurs habitants; maisencore en défiance, le paysan tenait sa maison fermée et barricadée. Le soldat,quoique harassé de fatigue, retrouve alors un reste de forces, et tire, à l’insude ses chefs, une vengeance aussi prompte que déplorable d’une pareille ré-ception. La porte du logement désigné est sur-le-champ enfoncée; et le pil-lage, la dévastation, quelquefois des voies de fait criminelles, deviennent lessuites terribles et par malheur trop fréquentes de cette violente prise de pos-session. — Mais la sûreté ou l’asile de l’habitant ont-ils été compromis? nullecomplaisance, nulle concession à attendre de lui; abjurant sa stupidité pourretrouver un nouveau caractère, le montagnard se décide à se laisser périrlui-même plutôt que de devenir utile au Français .
» Le soldat, plus jaloux de repos que de nouveaux débats, se montrait-il aucontraire dès l’abord modéré? l’Andalous, promptement rassuré, passait alorsavec une rapidité extrême à une douce confiance, et épousait en entier ce sen-timent naturel à l’homme de se créer un protecteur dans celui qu’il redoutecomme maître. Bientôt un inviolable attachement, une reconnaissance pousséejusqu’à la sublimité chez l’Espagnol , qui, extrême dans ses affections commedans ses haines, vole tour à tour de l’un à l’autre, payaient quelques légersservices. Un sentiment plus vif et plus tendre s’alliait parfois à celui de la gra-titude chez la jeune femme espagnole que le hasard avait rendue l’objet deprévenances inespérées; et le Français , reçu en ennemi, était souvent, au jourdu départ, regretté comme ami ou pleuré comme amant.
» Le retour périodique aux mêmes lieux ne pouvait manquer d’attraits tantpour les Espagnols des deux sexes qui avaient reçu du soldat français une géné-reuse protection, que pour le militaire qui avait rempli cet honorable devoir.