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Tome troisième.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 308

dès que nous allions à eux ils se retiraient pour revenir bientôt après nousharceler encore.

» Lorsque les Serranos se préparaient à nous attaquer, ils poussaient degrands cris pour s’animer au combat, et faisant feu sur nous longtemps avantque leurs balles pussent nous atteindre. Ceux d’entre eux qui étaient les pluséloignés croyait, en entendant ces cris et ces décharges, que leurs compa-gnons avaient quelque avantage à l’avant-garde, ils se hâtaient de venir prendrepart à l’action, afin de partager l’honneur d’un succès qu’ils croyaient facile;ils dépassaient, en faisant des bravades, ceux qui les précédaient, et lorsqu’ilsreconnaissaient leur erreur, ils ne pouvaient plus reculer. Nous les laissionsvenir jusque dans une petite plaine autour de la ville neuve, afin de pouvoirles charger et les sabrer, et ils se retiraient toujours dès qu’ils avaient perduquelques-uns des leurs.

» Le plus doux passe-temps des ouvriers de la ville était de venir se placerderrière des rochers entre les oliviers à l’extrémité du faubourg, et de tirersur nos vedettes en fumant leurs cigares. Ils sortaient le matin de la ville avecdes instruments de labourage, comme s’ils eussent été travailler aux champs;ils y trouvaient leurs fusils qu’ils avaient cachés dans des rochers ou dans desfermes, puis ils revenaient le soir, sans armes, dormir au milieu de nous. 11arriva que des hussards reconnurent parmi les combattants les hôtes chez les-quels ils logeaient. Nous ne pouvions pas faire des recherches trop rigoureuses ;si l’on eôt voulu exécuter le décret du maréchal Soult contre les Espagnolsinsurgés, il aurait fallu punir de mort presque toute la population du pays.Les montagnards pendaient et brûlaient vifs les prisonniers français ; nos sol-dats, à leur tour, ne faisaient que très-rarement quartier aux Espagnols qu’ilsprenaient les armes à la main.

» Les femmes, les vieillards, les enfants mêmes, étaient contre nous, et ser-vaient d'espions aux ennemis. J’ai vu un jeune garçon de huit ans venir jouerentre les jambes de nos chevaux, et s’offrir à nous pour nous servir de guide;il conduisit, un petit parti de nos hussards dans une embuscade, et se sauvatout à coup dans les rochers en jetant son bonnet en l’air, et en criant detoutes ses forces : « Vive notre roi Ferdinand VII1 » La fusillade commençaaussitôt...

» Les montagnards suppléaient par la force et la persévérance de leur ca-ractère indomptable à ce qui leur manquait sous le rapport de la disciplinemilitaire : s’ils ne savaient pas nous résister dans les plaines, s’ils échouaientdans les attaques qui demandaient quelques combinaisons, ils combattaient enrevanche admirablement dans les rochers, derrière les murs de leurs maisons,et dans tous les lieux où nous ne pouvions pas faire usage de la cavalerie.Nous ne pûmes jamais réduire à l’obéissance les habitants de Montejaque, ha-meau de cinquante à soixante feux, situé à une demi-lieue de Ronda ...

» Les habitants des bourgs et des villages de la montagne, qui se croyaientexposés aux visites des Français , envoyaient les vieillards, les femmes et lesenfants sur des hauteurs inaccessibles, et ils cachaient leurs effets les plus pré-