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Tome troisième.
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304 HISTOIRE DE L’ARMÉE

cieux dans les cavernes. Les hommes seuls restaient dans les villages pour lesdéfendre, ou faire à la dérobée des excursions dans les plaines pour enleverles bestiaux des Espagnols qui ne voulaient pas se déclarer contre nous.

» Les expéditions que les Français faisaient fréquemment contre les hautesmontagnes dispersaient presque toujours les ennemis sans les réduire, et nostroupes retournaient à Ronda après avoir essuyé de grandes pertes.

» Dans les montagnes, les Serranos déjouaient, par leur manière de com-battre, l’elFort de nos troupes, lors même qu’elles leur étaient supérieures ennombre; ils se retiraient de rocher en rocher, de position’en position, à l’ap-proche de nos masses, sans cesser de faire feu et de nous harceler; tout enfuyant, ils nous détruisaient des colonnes entières sans que nous pussions nousen venger. Cette manière de faire la guerre leur avait fait donner, par lesEspagnols eux-mêmes, le surnom de mouches de la montagne., par allusion à lamanière dont ces insectes obstinés tourmentent les êtres vivants sans jamaisleur laisser de repos. »

Les hussards du régiment dont faisait partie M. de Rocca évacuèrent mo-mentanément Ronda . Cette ville fut aussitôt occupée par les Serranos. Leurséjour prouva aux habitants que le dévouement à Ferdinand VII était le pré-texte et non pas le mobile de l’insurrection. Aussi les Français à leur retourfurent-ils accueillis comme des libérateurs.

« Les montagnards, dit M. de Rocca, avaient élevé en notre absence unepotence sur la grande place pour punir ceux des bourgeois de la ville quiavaient favorisé les Français ; et si nous étions arrivés un jour plus tard, plu-sieurs individus auraient été conduits au supplice : on eût ainsi satisfait deshaines particulières sous le prétexte de vengeance publique. Un échevin allaitêtre pendu pour n’avoir pas voulu se laisser corrompre dans une affaire decontrebande quelques années auparavant. Un pauvre tailleur avait été précipitéla veille du haut en bas des rochers et mis en pièces pour avoir servi d’inter-prète à nos soldats.

» Le jour même où nous étions sortis de Ronda , les montagnards y étaiententrés avec l’aurore, en poussant de grands cris , et en déchargeant, en signede joie, leurs fusils dans les rues. Tous les habitants d’un même village arri-vaient ensemble, marchant sans ordre, et suivis de leurs femmes, qui ne diffé-raient des hommes que par le vêtement, par une stature moins élevée, et parun peu plus de rudesse dans les manières.

» Elles prétendaient que leurs maris avaient conquis Ronda sur les Français ,et que tout ce qui était dans la ville leur appartenait; elles se disaient les unesaux autres, en s’arrêtant d’un air fier devant les portes des plus beaux hôtels:« Je prends cette maison pour moi, je me ferai dame, et je viendrai l’habiter» dans peu de jours, avec mes chèvres et ma famille. » Elles chargeaient, enattendant, sur des ânes, tout ce qu’elles trouvaient dans l’intérieur des appar-tements. Ces dames ne cessèrent de piller que lorsque les animaux qu’ellesavaient amenés furent au moment de succomber sous le poids du butin.

» Des contrebandiers volèrent les chevaux et le porte-manteau d’un lieute-