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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

La journée du 17 fut chaude. Les généraux russes s’étant déployés sur lahauteur de la rive droite du Borysthène , envoyèrent en ville un corps fraisde 20,000 hommes pour relever celui de Rayewski. Napoléon avait pensé qu’ilsdéboucheraient pour lui livrer bataille, et il s’était préparé à les recevoir ; maisvoyant qu’ils n’étaient pas d’humeur à prendre le rôle d’agresseurs, il ordonnal’attaque. Ney, à notre gauche, l’exécuta du côté de la citadelle; Poniatowski,à la droite, en amont du Dniéper ; Davoust, au centre, sur les faubourgs deRoslaw. L’attaque des extrémités, exposées au feu de cent pièces de canon quel’ennemi avaient placées le long du Dniéper , offrit des difficultés. Toutefois,Poniatowski, protégé par nos contre-batteries, réussit à arriver jusqu’au piedd’une brèche pratiquée dans la muraille, et Ney fut sur le point de pénétrerdans la citadelle. Au centre, nos soldats parvinrent, après un combat furieux, àdéloger Doctorof des faubourgs; mais tous les efforts de nos braves se brisèrentinutilement contre le corps de la place, que l’ennemi défendit avec opiniâtreté.Napoléon fit établir toute sa réserve d’artillerie pour battre enbrèche lacourtine,tentative inutile ; nos boulets se perdaient dans ces immenses murs de briques,sans faire aucun effet. 11 n’y aurait eu qu’un moyen de pratiquer une brèche,c’eût été de concentrer le feu sur deux des tours rondes ; mais on ignorait ladifférence d’épaisseur de leurs murailles.

Cependant nos obus ayant mis le feu à la ville, construite en partie en bois,et l’ennemi ayant essuyé des pertes considérables, en s’obstinant à combattreau dehors, Barclay prit le parti d’évacuer dans la nuit, en laissant à Korf lesoin de couvrir la retraite; ce qu’il fit en propageant l’incendie que nos obusavaient allumé.

Notre entrée à Smolensk se fit sous les plus sinistres présages. Toutel’armée croyait trouver ici le terme de sa course ; elle se flattait du moinsd’entrer dans un pays fertile et d’y jouir de quelque repos. Les grandes entre-prises hasardeuses frappent le vulgaire en sens divers. Les troupes, étonnéesde faire tant de marches pénibles et meurtrières, et de voir reculer constam-ment le fruit ne leurs efforts et de leurs sacrifices, commençaient à porter desregards inquiets sur les distances qui les séparaient de la France . On avait laisséentrevoir l’intention de s’arrêter dans celte ville, et, la chose devenant impos-sible, il était naturel qu’il en résultât quelque découragement

Cette cité, que les Russes offraient à la crédulité des peuples comme le pal-ladium de l’empire, et vers laquelle se tournaient toutes ses espérances, n’offraitdéjà plus qu’un vaste bûcher parsemé de morts et de mourants. Un incendie,dont il était difficile d’assigner la cause, en avait dévoré la moitié ; les habi-tants avaient fini par se soustraire aux ravages de la guerre, abandonnant leurspénates à l’imprudence de nos soldats et aux excès d’une populace exaspérée.

Une ville enlevée pour ainsi dire à la pointe de l’épée et abandonnée de seshabitants ne saurait être soustraite au pillage, et le peu qui y restait devint laproie de nos soldats, aigris par de longues privations. Un seul prêtre, restépar dévouement pour son troupeau, prouva par ses réponses à quel point onles avait prévenus contre nous, en nous dépeignant sous les couleurs les plus