322 * HISTOIRE DE L’ARMÉE
surtout de nos escadrons.... faisaient naître de tristes réflexions. Il se sentitébranlé, et donna des ordres pour former des établissements administratifs. Ilchargea un officier intelligent d’explorer avec un corps léger les rives fertilesde la Kmora, réputées par leurs moulins et le grand commerce de farinequ’elles font ; il devait amasser des approvisionnements suffisants pour l’époquede la rentrée de nos colonnes, qui n’avaient plus qu’un dernier effort à fairepour couvrir leur asile.
Depuis son arrivée à Smolensk , les affaires avaient pris une meilleure tour-nure sur les deux ailes. Schwartzenberg, chargé du commandement généralau sud, s’était mis en devoir d’attaquer Tormassof, qu’il rencontra le 12 août,à Gorodeczno. Le général russe, ayant éparpillé ses forces, n’avait pas 25,000hommes en ligne; les Autrichiens, réunis aux Saxons, présentaient un totald’environ 40,000 combattants. Toutefois, Sclnvartzenberg ne sut profiter ni desa grande supériorité, ni dè la mauvaise position de l’ennemi ; cédant aux avisde Reynier, il manœuvra pour déborder la gauche des Russes avec les Saxons;mais il ne soutint pas ces derniers assez vigoureusement, et l’ennemi eut letemps de lui opposer une manœuvre parallèle, bien qu’il fût obligé d’accepterle combat ayant déjà son aile gauche complètement tournée. Tormassof se tirade ce mauvais pas sans éprouver de grandes pertes, et continua sa retraite parKobrin et Kawel sur Loutsk , où il se rangea derrière le Styr. Schwartzenberget Reynier s’établirent en face de lui, à la gauche de cette rivière.
Notre gauche avait aussi remporté des succès, mais sans en tirer beaucoupde fruit. Certain d’être bientôt renforcé par les Bavarois, Oudinot avait cru de-voir marcher de nouveau en avant sur Swolda, non plus pour courir sur Sebeje,mais bien pour éloigner l’ennemi de la Dwina et lui ôter l’envie et la possibi-lité de l’inquiéter à Polotsk ; c’était une imprudence manifeste, car Wittgens-tein étant disposé à poursuivre l’offensive, devait le rencontrer isolément.
L’Empereur était dans Smolensk, mais dans Smolensk en cendres. Barclay,inébranlable, persistait dans sa retraite en refusant la bataille. Alexandre setaisait. C’était encore une victoire stérile.
Murat resta avec la cavalerie à l’avant-garde, appuyé par Davoust, comman-dant le 1 er corps. Cette éternelle et sanglante poursuite ne s’arrêta pas encore,et l’armée française continua sa marche en laissant derrière elle un sillon deruines, d’incendies, de morts et de mourants.
On alla ainsi jusqu’à Dorogobuje. A cette ville, l’avant-garde trouva lesRusses en ligne, derrière les ravins. On crut tenir enfin cette bataille tant dé-sirée. L’Empereur fit douze lieues en quatre heures avec la garde. Quand ilarriva, Barclay s’était retiré ; la retraite recommençait.
Le moment était décisif. On était à huit marches de Moscou . Chaque pas enavant éloignait les Français de leur base d’opérations; et pourtant une fois lepremier pas fait, il fallait aller jusqu’au bout. La question se nouait ainsi :vaincre ou périr; et encore fallait-il saisir la victoire qui fuyait devant nous.
Quatre-vingt-dix lieues séparaient Smolensk de Moscou. Derrière les Français se trouvaient 120,000 hommes; Essen était à Riga, Wittgenstein à Polotsk ,